mercredi 11 mai 2016

CRISE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR: Le Recteur fait le procès de l’Ucad

La crise du Système éducatif est très complexe et profonde. Pour trouver des solutions à ce problème qui n’a que trop duré, le Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar estime que le contenu des enseignements dans nos universités est depuis longtemps dépassé, d’où la nécessité des réformes.
Ibrahima Thiuob, Photo Illustration
 ‘’Apprendre en travaillant’’, c’est la vision qu’a le Recteur de l’Ucad, de son institution. Animant une conférence sur le thème ‘’vision et défis de l’Ucad’’, le professeur Ibrahima Thioub a fait un diagnostic sans complaisance de l’Université. Ce qu’on retient de cette rencontre organisée par la Coordination des étudiants catholiques de Dakar, à l’église Saint Dominique, c’est qu’une réforme du système éducatif en général et l’université en particulier s’impose. Ainsi le recteur Thioub a touché à tous les maux de son établissement. Selon lui, malgré la multiplication des collèges et lycées de proximité, l’Ucad continue de procurer un enseignement classique. La prolifération de ces établissements scolaires n’a pas été suivie par une formation d’un personnel enseignant de qualité. Ce qui a comme conséquence une baisse drastique du niveau des bacheliers qui arrivent à l’université.
Un autre problème soulevé par le conférencier est le contenu des cours qu’on dispense dans nos universités. Il est pratiquement en déphasage avec les besoins du marché. Il estime qu’aujourd’hui, l’enseignement doit répondre à des questions concrètes et non théoriques. ‘’On enseigne comme si tous les bacheliers devaient aller jusqu’à soutenir une thèse de doctorat. Nous continuons à rassembler des milliers d’étudiants dans des amphis carrelés sans jamais mettre la main à la pâte. Il faut allier formation théorique et pratique’’, a dit l’historien. Convaincu que l’université doit aider à régler des problèmes concrets qui se pose à la société, il rassure que les réformes entreprises depuis quelques années vont dans ce sens. Il pense que seule la professionnalisation de la formation à l’université avec de bons chercheurs peut résoudre les nombreux problèmes dont souffre l’Ucad.
‘’Le taux de réussite au premier et second cycle tourne autour de 30%. Entre 60 et 70% des bacheliers entrent et sortent de l’université sans aucune qualification, ni diplôme. Il ne faut pas dire que le niveau de nos bacheliers est faible et qu’ils doivent échouer, mais leur chercher une formation adéquate, adaptée, à courte durée, leur permettant de travailler’’, a-t-il rappelé pour souligner l’état préoccupant de l’Ucad.
‘’Haro sur le xar màtt’’
Dans un contexte de crise du système éducatif, de l’élémentaire à l’université, Ibrahima Thioub estime que les causes sont nombreuses et profondes. Selon lui, tout est parti avec l’élimination des écoles normales supérieures qui formaient des instituteurs d’excellent niveau et les ajustements structurels qui ont en drainé des recrutements clientélistes et d’enseignants non formés. Ce manque de formation continue jusqu’à présent dans les établissements d’enseignement supérieur.
Il estime que ceux qui enseignent dans le supérieur doivent être formés au même titre que ceux qui interviennent au niveau scolaire. Il a aussi déploré ce qu’il appelle le manque d’effectivité des enseignements. ‘’Il y a beaucoup d’enseignants qui sont coupés entre le privé et le public à travers le fameux ‘’xar màtt‘’, ce qui ne contribue pas à l’amélioration de la situation’’, dénonce le Pr Thioub. Dans cette liste non exhaustive des maux de l’Ucad et l’enseignement en général, les syndicats jouent un rôle capital. Selon l’enseignant, la multiplication des syndicats et la banalisation de la grève a fini de mettre au chaos le système éducatif à tous les niveaux. Il pense que la grève doit être une bombe atomique des enseignants. Autrement dit, elle (la grève) doit être utilisée en dernier recours.
 Malgré ces nombreuses difficultés, le Recteur a invité les étudiants à garder la confiance envers l’Ucad qui est la première université francophone au sud du Sahara. Il y a plusieurs projets pour renverser la situation actuelle. Il a conclu son propos en s’adressant aux étudiants en ces termes : ‘’Soyez fiers de votre université car elle est la seule au monde qui a formé 4 chefs d’Etat et qui ont exercé en même temps le pouvoir (Michel Kafando, Macky Sall, Thomas Yayi Boni et Ibrahima Boubacar Keïta).           
                                                                                                                Abourahim Barry 

lundi 9 mai 2016

MENACE TERRORISTE AU SENEGAL: Les précisions de James Zumwalt



L’Ambassade des Etats-Unis n’a jamais dit que le Sénégal est dans le viseur des groupes terroristes après la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Invité hier à s’entretenir avec les étudiants du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), dans le cadre des ‘’Carrefours d’actualité’’, son excellence James Zumwalt a qualifié ces informations de rumeurs. ‘’Après les attaques dans les pays de la sous-région notamment en Côte d’Ivoire, il y a beaucoup de rumeurs dans les médias en disant que l’Ambassade des Etats-Unis au Sénégal a alerté sur une attaque imminente au Sénégal.
C’est faux. Vous êtes des journalistes. S’il y a une information nous concernant, il faut la vérifier auprès de nous’’, a rappelé l’Ambassadeur aux journalistes en herbe tout en soulignant que le terrorisme n’a pas de frontière et donc, il n’épargne aucun pays. Cette mise au point faite, le diplomate américain est revenu sur la coopération bilatérale entre son pays et le Sénégal, la démocratie et les droits de l’Homme. En poste au Sénégal depuis le 9 janvier 2015,  James Zumwalt a magnifié le ‘’modèle démocratique’’ que constitue notre pays pour le continent africain
                                                                                                      ABDOURAHIM BARRY

ELIM. CAN 2017 - MATCH RETOUR BURUNDI - SENEGAL DU 4 MAI PROCHAIN: Aliou Cissé dénonce la tenue de la rencontre hors de Bujumbura

9063274-14406356.jpg (931×554)Le sélectionneur de l’équipe nationale de football du Sénégal, Aliou Cissé, estime que la délocalisation du match retour Burundi-Sénégal, comptant pour la 5e journée des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations 2017 au Gabon, à Rumonge, est inadmissible. Malgré tout, il dit que ses joueurs et lui sont prêts pour la confrontation.

‘’Nous faire jouer à Rumonge à 70 km de Bujumbura, dans un pays instable, je le trouve inadmissible. Et il faut le dénoncer très fort’’. C’est la réaction du sélectionneur national Aliou Cissé, par rapport à la décision des autorités burundaises de faire jouer le match retour devant opposer leur équipe à celle du Sénégal le 4 juin prochain à Rumonge au lieu de Bujumbura. D’ailleurs, selon le journal sportif ‘’Stades’’ (dans l’édition de mercredi et jeudi), la Fédération sénégalaise de football (FSF) compte saisir la Confédération africaine de football (Caf) pour obtenir l’annulation de ce choix.
L’invité de Carrefour d’actualité, mercredi dernier, au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), n’a pas hésité à dénoncer les conditions dans lesquelles se tiendra cette rencontre comptant pour la 5journée des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (Can) 2017 au Gabon. Malgré ses appréhensions, le coach se dit confiant et rassuré par l’état d’esprit de ses joueurs. Selon lui, depuis le début des qualifications, l’équipe nationale a eu à jouer dans des conditions très pénibles. ‘’Ce groupe, je l’ai toujours dit, c’est une poule difficile. Par exemple, pour aller jouer à Windhoek, on a fait jusqu’à 14 heures de vol. On s’apprête aussi à faire un déplacement difficile pour aller dans un pays instable où il n’y a pas assez de sécurité. Mais il n’y a pas de souci. Les garçons sont mentalement prêts. Peu importe où ils vont nous faire jouer, nous allons tout faire pour avoir le meilleur résultat possible’’, a rassuré le sélectionneur.
L’ancien capitaine des Lions se veut prudent malgré le grand pas effectué par le Sénégal vers la qualification. ‘’Je n’aime pas me projeter sur la Can, car quoi qu’on dise, on n’est pas encore qualifié. Il nous reste encore un point malgré ce que disent les gens. Mais aujourd’hui, on ne peut pas se projeter tant qu’on n’est pas définitivement qualifié’’, a-t-il répondu aux interpellations des journalistes en herbe sur ses ambitions concernant la Can 2017.
La rencontre, axée sur le thème ‘’le football sénégalais : quelles perspectives ? ‘’, a enregistré la présence d’universitaires et beaucoup d’anciennes gloires du ballon rond. Le constat général de tous les participants est que le football sénégalais est malade de plusieurs maux. En guise de solutions, l’ancien président de la FSF, El Hadji Malick Sy ‘’Souris’’, estime qu’il faut réintroduire le sport à l’école. Selon lui, il faut qu’on arrête d’aller chercher des messies à l’étranger pour diriger nos équipes. Quant au championnat local, ‘’nous n’avons pas un vrai football professionnel. Il faut donc réfléchir sur un nouveau modèle économique et sportif’’, a-t-il préconisé. Passionné de foot, le chercheur en Histoire des Noirs et Docteur en mathématiques, Oumar Dioum, lui, invite les acteurs à impliquer les anciens. ‘’La promotion du football local est une question si importante, parce que créatrice d’emplois’’, a dit l’auteur du livre ‘’Lumière noire de l’humanité’’ qui préconise la tenue d’un ‘’cercle de réflexion’’ sur le football.  
                                                                                                                    ABDOURAHIM BARRY 

lundi 18 avril 2016

CRISE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR: Le Recteur fait le procès de l’Ucad

La crise du Système éducatif est très complexe et profonde. Pour trouver des solutions à ce problème qui n’a que trop duré, le Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar estime que le contenu des enseignements dans nos universités est depuis longtemps dépassé, d’où la nécessité des réformes.

Professeur Ibrahima Thioub

   ‘’Apprendre en travaillant’’, c’est la vision qu’a le Recteur de l’Ucad, de son institution. Animant une conférence sur le thème ‘’vision et défis de l’Ucad’’, le professeur Ibrahima Thioub a fait un diagnostic sans complaisance de l’Université. Ce qu’on retient de cette rencontre organisée par la Coordination des étudiants catholiques de Dakar, à l’église Saint Dominique, c’est qu’une réforme du système éducatif en général et l’université en particulier s’impose. Ainsi le recteur Thioub a touché à tous les maux de son établissement. Selon lui, malgré la multiplication des collèges et lycées de proximité, l’Ucad continue de procurer un enseignement classique. La prolifération de ces établissements scolaires n’a pas été suivie par une formation d’un personnel enseignant de qualité. Ce qui a comme conséquence une baisse drastique du niveau des bacheliers qui arrivent à l’université.
Un autre problème soulevé par le conférencier est le contenu des cours qu’on dispense dans nos universités. Il est pratiquement en déphasage avec les besoins du marché. Il estime qu’aujourd’hui, l’enseignement doit répondre à des questions concrètes et non théoriques. ‘’On enseigne comme si tous les bacheliers devaient aller jusqu’à soutenir une thèse de doctorat. Nous continuons à rassembler des milliers d’étudiants dans des amphis carrelés sans jamais mettre la main à la pâte. Il faut allier formation théorique et pratique’’, a dit l’historien. Convaincu que l’université doit aider à régler des problèmes concrets qui se pose à la société, il rassure que les réformes entreprises depuis quelques années vont dans ce sens. Il pense que seule la professionnalisation de la formation à l’université avec de bons chercheurs peut résoudre les nombreux problèmes dont souffre l’Ucad.
‘’Le taux de réussite au premier et second cycle tourne autour de 30%. Entre 60 et 70% des bacheliers entrent et sortent de l’université sans aucune qualification, ni diplôme. Il ne faut pas dire que le niveau de nos bacheliers est faible et qu’ils doivent échouer, mais leur chercher une formation adéquate, adaptée, à courte durée, leur permettant de travailler’’, a-t-il rappelé pour souligner l’état préoccupant de l’Ucad.
                                                     ‘’Haro sur le xar màtt’’
Dans un contexte de crise du système éducatif, de l’élémentaire à l’université, Ibrahima Thioub estime que les causes sont nombreuses et profondes. Selon lui, tout est parti avec l’élimination des écoles normales supérieures qui formaient des instituteurs d’excellent niveau et les ajustements structurels qui ont en drainé des recrutements clientélistes et d’enseignants non formés. Ce manque de formation continue jusqu’à présent dans les établissements d’enseignement supérieur.
Il estime que ceux qui enseignent dans le supérieur doivent être formés au même titre que ceux qui interviennent au niveau scolaire. Il a aussi déploré ce qu’il appelle le manque d’effectivité des enseignements. ‘’Il y a beaucoup d’enseignants qui sont coupés entre le privé et le public à travers le fameux ‘’xar màtt‘’, ce qui ne contribue pas à l’amélioration de la situation’’, dénonce le Pr Thioub. Dans cette liste non exhaustive des maux de l’Ucad et l’enseignement en général, les syndicats jouent un rôle capital. Selon l’enseignant, la multiplication des syndicats et la banalisation de la grève a fini de mettre au chaos le système éducatif à tous les niveaux. Il pense que la grève doit être une bombe atomique des enseignants. Autrement dit, elle (la grève) doit être utilisée en dernier recours.
 Malgré ces nombreuses difficultés, le Recteur a invité les étudiants à garder la confiance envers l’Ucad qui est la première université francophone au sud du Sahara. Il y a plusieurs projets pour renverser la situation actuelle. Il a conclu son propos en s’adressant aux étudiants en ces termes : ‘’Soyez fiers de votre université car elle est la seule au monde qui a formé 4 chefs d’Etat et qui ont exercé en même temps le pouvoir (Michel Kafando, Macky Sall, Thomas Yayi Boni et Ibrahima Boubacar Keïta).          
                                                                                                                  Abourahim Barry 

mardi 12 avril 2016

CARTE POSTALE: Djilor dévoile ses mystères

Djilor, localité mythique dans le Sine, et véritable lieu de naissance de Senghor, exhale le parfum envoûtant du royaume d’enfance. Reportage.

Arrivé à Ndiosmone sur la Nationale 1, le visiteur prend la route à droite. Elle mène vers un endroit assez particulier. Le ‘‘royaume d’enfance’’ du premier président du Sénégal indépendant. Sous un soleil de plomb, le bus parcourt la « savane ». Au milieu d’un paysage jaunâtre, symbole de la saison sèche, on croise des troupeaux de ruminants par endroits à la recherche de pâturages.
Dans ce milieu quasi-désertique, les plantations d’anacarde et de manguiers surgissent comme des oasis. Après le long et difficile voyage, voilà que Djilor se découvre. Un grand village perdu au milieu de l’ancien royaume du Sine. Des palissades en tiges de mil et les cases en paille contrastent avec les bâtiments en dur. Ici, la modernité côtoie la tradition avec notamment l’accès des populations à l’eau et l’électricité.
Situé dans la région de Fatick au bord du bras de mer du delta du Sine Saloum, Djilor offre un paysage magnifique. Les principales activités de cette localité, comme toute la zone du reste, sont l’agriculture, la pêche et le tourisme.
Contrairement à beaucoup de zones touristiques, Djilor connaît un léger mieux, sauf pour les petits exploitants. Selon les acteurs sur place, les petits hôtels et les campements rencontrent quelques difficultés « Ça va mieux par rapport à l’année dernière. Mais on n’est pas toujours sorti d’affaire.  Je pense que le contexte n’est pas bon pour les hôteliers. On sent qu’il n’y a pas une politique favorable pour les hôteliers ou les touristes parce que, pour les mêmes prix, les gens vont au Maroc. Et là-bas, ils ont une qualité de service trois fois meilleure que chez nous », explique Mme Bèye gérante d’un campement. Selon elle, les grands établissements par contre ne se plaignent pas.  
Une visite de Djilor et de ses environs permet de mieux comprendre cette localité riche en histoire et symboles. Avant de commencer, notre guide précise que Djilor est le lieu de naissance du plus célèbre des poètes sénégalais, Léopold Sédar Senghor, contrairement à l’histoire officielle. « Senghor est né ici le 15 août 1906, mais il a été déclaré à Joal, lieu où son père avait un domicile », précise Djibril Faye.  Quand il raconte l’histoire du village natal du poète, on a l’impression d’écouter un conteur émerveillé. Ici, l’animisme côtoie le christianisme et l’islam. Selon notre guide, la majeure partie des croyants, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, restent profondément ancrés dans leur croyances et pratiques animistes. « On trouve des cimetières et familles mixtes de catholiques et musulmans », lance Djibril.
A une heure de pirogue, nous voilà au village de Simal que chantait le fils de Diogoye. « Sur un rônier de Katamaguej’entends déjà les pilons de Simal », disait-il.  En visitant cette zone du Sine, on découvre combien l’ombre du Président-poète continue de peser sur l’histoire de toute une région. Pour rendre hommage à l’illustre fils du terroir, des stèles sont érigées en sa mémoire. Sur chacune d’elles, l’on peut lire des extraits de ses poèmes qui parlent de ce lieu qui l’a tant inspiré.
« Joal, je me rappelle »
 Au bord de l’étendue d’eau à perte de vue, se trouve une petite forêt très dense. Au milieu de ce bois sacré, entre le « puits des circoncis » où se fait l’initiation des jeunes Serères et les génies protecteurs que sont les géants fromagers, se trouve un sanctuaire islamique. À 5 mètres du bras de mer, un puits qui contient de l’eau douce et qui n’a « jamais tari depuis qu’El Hadji Oumar Foutiyou Tall a bu de son eau ». C’est lors de son passage ici qu’il a converti beaucoup d’animistes. Sa famille et ses disciples viennent encore y effectuer le pèlerinage. « Il y a des arbres protecteurs, même s’ils tombent personne, n’ose les toucher. « A Djilor, un serpent ne tue jamais une personne, et c’est connu de tout le monde », explique Djibril.
Pour clôturer notre visite, nous voilà à la maison natale de Senghor. Transformée en musée, elle garde son architecture initiale, malgré les nombreuses réfections. «Les bâtiments construits à l’époque par son père témoignent de sa descendance bourgeoise. Le fils de Diogoye Basile Senghor et de Gnilane Bakhoum est né ici et non à Joal », explique M. Diouf. Diogoye fut un riche commerçant moderne qui fréquentait les colons. A cause de ce statut dont il usait et abusait, il faisait peur à Djilor. Marié à 5 femmes, il avait 41 enfants. Dans son poème intitulé « Le retour de l’enfant prodigue », Senghor écrivait : « Vive la faillite du commerçant. (…) Je brûle le séco, la pyramide d’arachides dominant le pays. » Ces vers, selon le guide en éco-tourisme, sont la preuve de sa révolte contre les pratiques de son père qui abusait de sa puissance. Après cette visite au royaume senghorien, on peut dire que ce n’est pas par hasard que l’homme de culture est devenu poète. Le célèbre vers : « Joal, je me rappelle » aurait pu être, Djiolor je me rappelle. »  

                                                                                                                  Abdourahim Barry    


vendredi 18 mars 2016

PRESSE: Le constat alarmant du président du Cedps

Les entreprises de presse au Sénégal ne sont pas toutes viables économiquement, selon Mamadou Ibra Kane. L’administrateur du groupe Africome estime que la majorité d’entre elles sont confrontées à un problème de management et le traitement des journalistes reste à désirer.  
 Les patrons de presse ne sont pas des exemples, en matière de traitement des employés. C’est le constat de Mamadou Ibra Kane, nouveau président du conseil des éditeurs et diffuseurs de presse du Sénégal (Cedps), par ailleurs administrateur du Groupe Africome. Invité du carrefour d’actualité organisé par le Centres d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) hier, sous le thème : «Entreprises de presse au Sénégal : difficultés et perspectives », il a soulevé beaucoup de problèmes. En plus de ne pas apprécier le traitement des journalistes dans les médias. Selon lui, l’une des premières menaces qui pèsent sur les entreprises de presse est le mauvais traitement du personnel des médias.
« Certaines entreprises de presse se donnent beaucoup de libertés pour ne pas respecter leurs obligations. Elles ne payent pratiquement pas les journalistes. Ces derniers n’ont aucun plan de carrière, ni une sécurité sociale, encore moins une cotisation de retraite. Il y a un grand organe dans ce pays qui, depuis des années, ne paye pas de salaires », a dénoncé le patron du Journal Stade devant les journalistes en herbe. Cette précarité, a-t-il ajouté, ouvre la voie à toutes les dérives qui menacent le métier de journaliste.
Interpellé sur la menace internet sur la presse écrite, il a soutenu, contrairement à beaucoup d’analystes, que c’est plutôt une chance. Pour lui, le journalisme existera toujours, même si c’est sur un autre support. Parmi les problèmes évoqués par M. Kane figure en grande partie le management des entreprises de presse. « Nous avons toujours eu de bons journalistes dans ce pays, mais pas de bons manageurs. Etre un bon journaliste ne veut pas dire être un bon manager », a-t-il rappelé. Le chef d’entreprise a aussi pointé du doigt l’Etat.
A son avis, ce dernier manque de politique pour soutenir la presse. A en croire M. Kane, en France par exemple, de la même manière que l’Etat subventionne la presse publique, il le fait aussi pour le privé. A ceux qui soutiennent que l’aide à la presse, dans notre pays, joue ce même rôle, il rétorque qu’il est contre cette somme donnée chaque année aux patrons des médias. « Moi, depuis des années, je milite pour la suppression de l’aide à la presse qui est distribuée de manière politique. Elle est gérée par le ministre de la Communication qui distribue, selon sa volonté », a-t-il regretté.
Son co-débatteur, le directeur général du quotidien national le Soleil, Cheikh Thiam, par ailleurs secrétaire du Cedps, a abondé dans le même sens. Comme M. Kane, il estime que la viabilité économique des entreprises de presse pose problème. Selon lui, il faut aujourd’hui réinventer le modèle économique. « Avec la montée en puissance de l’Internet qui est devenu un concurrent très sérieux, il faut s’adapter ou périr », a dit Cheikh Thiam aux futurs journalistes. Malgré les difficultés, les débatteurs ont estimé que notre presse a beaucoup de mérite. Comparé à beaucoup de pays en Afrique, notamment ceux francophones, le Sénégal occupe une place enviable.
Sur un autre volet, Mamadou Ibra Kane a affirmé qu’il y a des lobbies qui tentent d’infiltrer la presse. Mais malgré cette tentative, selon lui, elle reste républicaine et joue un rôle social très important. « La presse sénégalaise est le premier tirage en Afrique de l’ouest francophone. Donc, d’une manière globale, les médias doivent être appréciés positivement », a conclu le président du Cedps.        
                                                                                                                 Abdourahim Barry 

mardi 1 mars 2016

240EME ANNIVERSAIRE DE LA REVOLUTION DU FOUTA: Les Sénégalais invités à s’inscrire à l’école de Thierno Souleymane Baal

Peu connue des Sénégalais, la révolution du Fouta fut comparable à celles qui se sont déroulées en Europe et aux États-Unis au 18ème siècle. Les historiens invitent aujourd’hui les populations à revisiter ce patrimoine immense de notre histoire pour une meilleure gouvernance.
 En citant les révolutions qui ont eu lieu dans l’histoire humaine, on n’entend presque jamais citer celle du Fouta. Une révolution au Sénégal ? Oui ! Peu connue des Sénégalais, la révolution du Fouta Toro menée par Thierno Souleymane Baal est l’une des ‘’plus belles’’ que le monde ait connue. Dans un contexte de crise des valeurs démocratiques, plusieurs historiens sont unanimes pour dire que la démocratie a existé au Sénégal avant même les pays occidentaux. Lors de la cérémonie de commémoration des 240 ans de sa disparition, le mercredi passé à l’Ucad, les historiens sont revenus sur la vie et l’œuvre de cet homme de référence.
Selon le professeur Iba Der Thiam, Thierno Souleymane Baal est l’une des personnalités les plus emblématiques de notre histoire malheureusement très peu connue. Il soutient que la démocratie s’est installée dans notre pays avant la révolution française du 1789. ‘’Quand il instaurait la démocratie au Fouta, l’Europe était dans une guerre pitoyable et personnalisée’’, a rappelé le dirigeant du projet de la réécriture de l’histoire générale du Sénégal. Le professeur Thiam invite notre pays à faire de Thierno Souleymane Baal un porte-étendard pour montrer aux autres que la démocratie a existé en Afrique bien avant.
Qualifiant l’homme d’exceptionnel, l’ancien ministre de l’éducation demande à l’Etat  d’introduire dans les programmes scolaires l’histoire du fondateur du régime des Almaamiyats au Fouta. Mettant en place un régime théocratique fondé sur la démocratie et l’égalité, Thierno Souleymane Baal mit ainsi fin à la domination des Deynianké qui opprimaient le peuple foutanké. Selon Iba Der Thiam, dès sa victoire sur ses adversaires, le chef de guerre et religieux refusa d’exercer le pouvoir pour montrer l’exemple.
‘’Sa décision de ne pas exercer le pouvoir après la victoire est une leçon qu’il a donnée à toute l’humanité car au même moment, il y avait une lutte impitoyable pour le pouvoir en Europe. Dès 1776, il avait instauré une justice avec des possibilités de faire des recours si on n’était pas satisfait d’un jugement. Il a mis en place l’école gratuite bien avant Jules Ferry. Quand il dit que si vous élisez l’imam, contrôlez-le pour voir s’il ne s’est pas enrichi de façon illégale, il avait posé la question de l’enrichissement illicite’’, a-t-il expliqué devant un public venu très nombreux assister à la rencontre.
Très en verve, l’historien et  député à l’Assemblée nationale soutient que Thierno fut un modèle achevé de démocrate dont nos dirigeants actuels doivent s’inspirer. ‘’En décidant de s’attaquer à l’esclavage, il a posé un acte de grandeur nature. Il a rompu avec la royauté en changeant les institutions. Il a instauré la première République noire. Contrairement à ce qu’on dit, Haïti et la République Lébou ne sont pas les premières’’, a rappelé le professeur agrégé en histoire.
Organisé par le Groupe de recherche et d’études du patrimoine intellectuel sénégalais (Baa Joordo), la rencontre a enregistré la présence de plusieurs personnalités : politiques, étudiants et universitaires. Intervenant suite à la projection d’un film ‘’Sur les traces du leader du Fouta, Thierno Souleymane Baal’’, le professeur Ibrahima Thioub lui, a axé son propos sur les limites de la révolution Torodo. Tout en qualifiant cette dernière de l’une des plus merveilleuses que le monde ait connue, il estime qu’elle a été détournée de son objectif.
‘’Il était parti sur une utopie égalitaire. Mais l’une des limites est que le mouvement Torodo qui était un parti politique où tous les musulmans étaient égaux, est devenu une caste au-dessus de toutes les autres après la disparition du révolutionnaire’’, a expliqué le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Une autre limite est, selon lui, le fait qu’après l’instauration de la démocratie au Fouta, les révolutionnaires n’aient pas pu exporter leur modèle partout dans le Sénégal. ‘’L’œuvre de Thierno Souleymane Baal s’inscrit dans la seconde moitié du 18èmesiècle. C’est le moment où la traite Atlantique a atteint son apogée. Le régime « Ceddo » des Deniankés et celui du Cayor étaient très impliqués dans la traite des esclaves. Au moment de la victoire en 1776, il y avait la révolution américaine et plus tard celle française de 1789’’, a dit l’historien pour dire que nous n’avons rien à envier aux autres.
Le président du Groupe Baa Joordo initiateur de la rencontre affirme que l’objectif est de montrer que l’Afrique n’a pas toujours été derrière. Elle a participé à la production du savoir et à l’invention. ‘’Nous voulons montrer que l’Afrique a compté dans le passé et comptera dans l’avenir’’, a conclu le professeur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis dans un concert d’applaudissements.
Recommandations de Thierno Souleymane Baal  
Thierno Souleymane Baal encourageait et parlait à son armée en ces termes : la victoire est dans la persévérance… Je ne sais pas si je sortirai de cette guerre vivant. Toutefois, je vous recommande, si je ne suis plus de ce monde :
1°) de rechercher, pour assumer la fonction d’Almaami, un homme désintéressé, qui ne mobilise les biens de ce monde ni pour sa personne ni pour ses proches ;
2°) si vous le voyez s’enrichir, démettez-le et confisquez les biens qu’il a acquis ;
3°) s’il refuse la démission, destituez-le par la force et bannissez-le ;
4°)   remplacez-le par un homme compétent quelle que soit sa lignée ;
 5°) veillez bien à ce que l’Almaamiyat ne soit jamais héréditaire ;
6°) n’intronisez qu’un méritant.                                                     
                                                                                                ABDOURAHIM BARRY