mercredi 23 décembre 2015

PAPE DIOUF SUR L’AFFAIRE LAMINE DIACK: ‘’Le Monde nous apprend des choses que Lamine Diack a de toute façon dites’’


De passage à Dakar, l’ancien président de l’Olympique de Marseille Pape Diouf en a profité pour se prononcer sur l’actualité sportive. Il estime que l’affaire Lamine Diack est très troublante et triste pour une personne que tout le monde adulait.
 L’ancien président de l’Olympique de Marseille, Pape Diouf, estime que les révélations du Journal Le Monde sont troublantes. Invité hier à s’entretenir avec les étudiants du Centre d’étude des sciences et techniques de l’information (Cesti), dans le cadre des ‘’carrefours d’actualité’’, il estime que les propos attribués à Lamine Diack viennent vraisemblablement de lui.
‘’Effectivement, Le Monde nous apprend des choses que Lamine Diack a de toute façon dites. Il faut savoir quand un journal fait référence à des procès-verbaux (PV), c’est comme une interview enregistrée. Ce sont des propos que la personne a tenus et signés ‘’, a-t-il précisé. Selon lui, cette deuxième affaire a été troublante pour tous ceux qui ont de l’amitié et de l’admiration pour l’ancien président de l’IAAf. Pape Diouf déclare : ‘’Pour ma part, j’avoue que je ne suis pas dans les conditions requises pour avoir toutes les informations. Mais à la lueur des éléments fournis par Le Monde, oui il y a de la matière à se poser des questions sur la culpabilité de Lamine Diack. Jusqu’ici, j’étais, comme la majorité des gens, très prudent sur la ligne de conduite à adopter, mais aujourd’hui je suis un peu plus inquiet pour lui.’’
L’affaire Lamine Diack semble avoir ému tout le monde. Et aux yeux de l’ancien président de l’OM, c’est un coup de tonnerre qui s’est abattu sur tous les amis et admirateurs de l’ancien maire de Dakar. Interpellé sur l’attitude que la presse sénégalaise a adoptée et que certains jugent trop favorable, il répond : ‘’Moi-même quand j’ai eu l’information en France, d’abord la tristesse m’a gagné puis l’étonnement. Voilà un homme que nous tous adulions par rapport à son parcours, à tout ce qu’il a eu à représenter. Subitement il est sous le feu des projecteurs judiciaires de manière où l’infamie n’est pas très loin. Evidemment pour nous tous, le coup était difficile à encaisser. Il fallait comprendre avant de traiter ce qu’on peut appeler une information mastoc.’’
Dans une salle pleine à craquer, le  Marseillais a été soumis à toutes les questions possibles. Parallèlement au traitement des médias sénégalais, il s’est prononcé sur celui de la presse française pointée du doigt par certains compatriotes de l’accusé. Sur cette question, M. Diouf s’est voulu clair : ‘’Dire que la presse française a voulu faire du tort ou éclabousser le pouvoir au Sénégal, je pense que c’est une position exagérée. Je connais beaucoup de journalistes du Monde avec qui je collabore souvent comme les deux auteurs de l’article. Ils se sont spécialisés en matière de faits divers. Ils mènent généralement des enquêtes assez rigoureuses. Quand on parle de Lamine, n’oubliez pas qu’en France, la presse n’a jamais épargné la classe politique. Tout dernièrement, un ancien président de la République a fait l’objet de mise en examen en l’occurrence Nicolas Sarkozy’’, a-t-il expliqué aux journalistes en herbe. Poursuivant son argumentaire, Pape Diouf soutient qu’on ne peut pas quand même dire qu’il y a une sorte de sélection à la tête du client de la part des médias français.
‘’Je crois qu’à aucun moment la presse française n’a voulu salir le pouvoir au Sénégal parce qu’il n’y avait pas de raisons de le faire. Même si la presse française par ailleurs s’est montrée conciliante, parfois un peu trop conciliante comme lorsqu’il fallait commenter les démêlés de Platini à la Fifa et  à la justice. Il y a une sorte d’attentisme général qui veut aujourd’hui que Platini comme Zidane soient des personnes nécessairement à protéger’’, a expliqué l’hôte du Cesti.
Le monde du sport éclaboussé par des scandales à répétiton, les étudiants en ont profité pour poser le débat concernant la transparence dans  ce domaine fermé. Selon l’ancien agent de joueurs, il y a un manque de transparence dans le milieu du sport. Explications : ‘’La Fifa et les grandes instances du sport pensent qu’ils sont au-dessus de tout contrôle judiciaire jusqu’à ce qu’éclatent les scandales. Je pense que maintenant ces affaires de la Fifa et l’IAAF seront des leçons pour ceux qui viendront.’’
Journaliste et enseignant en journalisme en France, Pape Diouf est aussi revenu sur ce métier assez particulier. Il a exprimé son regard sur la presse sénégalaise et la pratique du journalisme dans notre pays. ‘’Le journalisme au Sénégal, je pense que c’est un métier très compliqué. Il y a certes de bons journaux et de bons journalistes, très bien formés. Après il y a effectivement un contexte qui ne favorise pas l’éclosion et ne permet pas aux journalistes de livrer véritablement leurs talents’’, a-t-il dit. Avant d’ajouter : ‘’Lorsque j’étais journaliste à ‘’La Marseillaise’’ ensuite au quotidien ‘’Le Sport’’ et que je devais suivre l’équipe de France à l’extérieur, c’est mon journal qui payait mon billet d’avion, de taxi et d’hôtel. La Rédaction prenait en charge  toutes les dépenses pour que je puisse effectuer mon travail. J’avais donc la liberté totale et absolue d’écrire ce que je pense.
Lorsqu’en Afrique pas seulement au Sénégal, le journaliste dans son désir de faire son métier doit se rendre à l’étranger et que son journal n’a pas les moyens. Et qu’il doit être transporté par un ministère qui lui paye son billet et son hôtel, il est déjà moins libre que moi je l’étais. C’est déjà compliqué pour les journalistes. Ce manque économique empêche les gens d’aller jusqu’au bout de ce qu’ils veulent faire. Il faut du courage pour faire du journalisme ici. Il faut essayer de sortir de ce double piège des forces occultes et des pouvoirs politiques. N’oublions pas que quand un ministre vous transporte et vous nourrit, il n’attend pas à ce que vous écrivez un papier qui le flingue. On a aussi tendance à subir l’influence des personnes qui peuvent faire des choses pour nous. Et là je peux comprendre que quand on est dans certains journaux et qu’on reste pendant des mois sans être payé, on risque d’être très vulnérable et céder à la première tentation’’, a expliqué Pape Diouf à ses futurs confrères.
 En présence du directeur du Cesti Ibrahima Sarr et de Mamadou Koumé formateur à la même école, il pense aussi qu’il y a un travail à faire sur les maquettes qui peuvent aider à avoir un bon journal plus clair et plus lisible. ‘’Le véritable métier que j’ai pratiqué jusqu’ici, c’est le journalisme. Je suis journaliste et je le reste ‘’, a conclu l’ancien président de l’OM sous les applaudissements des étudiants du Cesti.
                                                                                                             ABDOURAHIM BARRY

lundi 21 décembre 2015

SORTIE DE LA 43ème PROMOTION DU CESTI: Les nouveaux diplômés invités à suivre la voie du défunt Alioune Fall


Le Centre d’étude des sciences et techniques de l’information (Cesti) a mis sur le marché du travail 22 nouveaux journalistes. Lors de la cérémonie de remise des diplômes hier, les dirigeants de l’école en ont profité pour rendre hommage à Alioune Fall, ancien PDG de l’ORTS.

Le Centre d’étude des sciences et techniques de l’information (Cesti) a rendu hier un vibrant hommage à Alioune Fall. L’ancien journaliste et président directeur général de l’Office de radio et télévision sénégalais a été choisi comme parrain de la 43ème promotion des sortants du Cesti. Considéré comme l’un des pionniers du journalisme en Afrique, après les indépendances, le monde de la presse a été unanime hier pour dire qu’il fut un modèle dans son domaine. Non connu des jeunes générations, ses anciens collègues et sa famille ont fait sur lui des témoignages très émouvants. Sa fille, la journaliste Dié Maty Fall, n’a pas hésité à lire le testament de son père décédé en mars 1975 à Paris en France, pour rappeler son attachement à sa famille. Selon elle, le journalisme n’était pas une vocation pour Alioune Fall, mais un sacerdoce. Elle explique que si elle est journaliste aujourd’hui, il y a forcément l’influence de son père.
A sa suite, le directeur du Cesti, Ibrahima Sarr, a soutenu que ce choix du parrain n’est pas fortuit. « C’est un choix réfléchi. C’est un exemple à suivre pour la jeune génération », a-t-il dit devant un parterre d’invités et de journalistes. Il a, comme plusieurs intervenants, invité ses nouveaux jeunes confrères au respect strict des règles d’éthique et de déontologie. La présence de hautes personnalités parmi lesquelles les anciens premiers ministres Mamadou Lamine Loum et Souleymane Ndèné Ndiaye, El Hadji Mansour Mbaye, entre autres, témoigne de la reconnaissance de beaucoup de Sénégalais au premier PDG de l’ORTS.
La cérémonie de remise des diplômes cumulée à l’anniversaire des 50 ans du Cesti a été aussi une occasion pour revenir sur le métier de journalisme et le rôle de l’école, depuis sa création. « Le Cesti est l’une des premières écoles de journalisme en Afrique. Elle fait partie aujourd’hui des dix meilleures écoles de journalisme en Afrique. Elle est la première en Afrique francophone, selon une évaluation de l’Unesco », a informé le directeur. Selon lui, les produits de cet institut à vocation panafricaine ont beaucoup contribué aux avancées démocratiques au Sénégal et dans le reste du continent. Il n’a pas aussi manqué de souligner la précarité du marché de l’emploi dans le domaine de la presse, ce qui rend vulnérable le journaliste. Ibrahima Sarr a enfin invité les anciens du Cesti à redynamiser leur amicale, afin de restaurer le débat autour des questions qui intéressent la profession.
Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Mary Teuw Niane, venu présider la cérémonie, a insisté sur l’importance de la formation. Il a réaffirmé l’intérêt qu’il accorde à la presse qui intéresse l’enseignement supérieur. « Nous avons cette année octroyé au Cesti 50 millions de francs CFA qui a permis l’achat d’un matériel moderne pour relever le plateau technique. Un nouveau bâtiment qui va abriter un amphi de 200 places et des bureaux est en construction », a-t-il révélé. Selon, lui, la formation est d’autant plus importante qu’on « note souvent des entorses dans la presse ».
C’est sous le signe d’un « nouveau défi » que les 22 journalistes de la 43ème promotion ont reçu leurs parchemins. Ils sont 7 journalistes avec option radio, 11 en télévision et 4 en presse écrite. Les nouveaux diplômés frappent désormais à la porte de l’emploi si difficile à trouver. Selon Oumar Mamadou Bassoum, qui a parlé au nom de la promotion, lui et ses camarades sont prêts à servir. Il a invité les patrons de presse à accorder une attention particulière aux derniers arrivés du métier. « Si chaque organe de presse recrutait un élément parmi nous, nous aurions tous du travail sans difficulté », a rappelé M. Bassoum. A signaler que notre confrère Mamadou Diallo de EnQuête fait partie des récipiendaires. Nous lui adressons nos chaleureuses félicitations.
                                                                                                                 ABDOURAHIM BARRY 

mercredi 2 décembre 2015

DEBAT SUR L’ACTE III DE LA DECENTRALISATION: La partition de la FKA et du Cesti

L’acte 3 de la décentralisation continue d’alimenter les débats autour de sa pertinence. Les experts et les acteurs soulèvent de
ux principaux problèmes à savoir le manque de communication et de ressources financières.

‘’Acte 3 de la décentralisation : une réforme, des questions’’. C’est le titre de l’édition n°18 de la   revue annuelle ‘’Les Cahiers de l’Alternance ‘’. Lors de la cérémonie de lancement, hier à la Fondation Konrad Adenauer (FKA), les différents acteurs ont souligné la pertinence de cette réforme tout en reconnaissant des difficultés dans l’application. Parmi les principaux problèmes soulevés par les participants figure en première place le manque d’information et de financement des nouvelles communes.
Editée par le Centre d’étude des sciences et techniques de l’information (Cesti) en partenariat avec la FKA, le document  confirme les difficultés précitées. Selon Mamadou Koumé formateur au Cesti et coordonnateur de la revue, en parcourant le document, on se rend compte que la question des ressources se pose à tous les niveaux. ‘’C’est la complainte qui revient tout le temps. Beaucoup de maires disent qu’ils ont des problèmes pour payer leurs employés et ils accusent l’acte 3’’, a-t-il dit. Pour lui, le choix du sujet n’est pas fortuit car il domine les débats depuis l’adoption de la loi. Dans une salle pleine d’élus locaux, experts, journalistes et membres de la société civile, les échanges ont montré qu’il y a beaucoup d’enjeux et d’intérêts autour de cette  réforme.
‘’A entendre certains parler, on a l’impression que l’Acte 3 est fini et qu’on est en train de faire le bilan, alors qu’il vient de commencer. Il n’a pas véritablement démarré. Il faut du temps pour tirer une conclusion‘’, a précisé pour sa part l’expert en décentralisation au ministère de la Gouvernance locale, du Développement et de l’Aménagement du territoire, Oumar Wade. Convaincu de la nécessité de cette ‘’innovation‘’, ce dernier soutient que la territorialisation des politiques publiques permettra aux représentants des pôles régionaux de développement d’exécuter eux-mêmes les programmes définis par les ministères au niveau local.
Concernant la question financière, principale préoccupation des élus locaux, il a donné des garanties. ‘’La commission en charge des finances a déjà terminé ses études pour réformer ce domaine. On va tout faire pour que les communes soient solvables’’, a-t-il promis. Mais ces assurances ne convainquent pas tout le monde. Une intervenante s’est surtout interrogée sur la viabilité de certaines collectivités locales. A en croire l’activiste membre d’une association qui défend le développement à la base, il y a des communes sans activités économiques. ‘’Une collectivité locale qui peine à payer ses employeurs ne peut pas se développer’’, a-t-elle fait remarquer.
Créé depuis 2000 d’où le nom ‘’Les Cahiers de l’Alternance’’, ce document est produit chaque année par les étudiants en 3ème année de presse écrite du Cesti. Pour ce numéro, les membres de la 42ème promotion ont sillonné toutes les régions à l’exception de Louga. ‘’C’était très difficile mais, c’est un travail assez satisfaisant. On y traite les problèmes de financement, les impôts etc.‘’, a dit en substance Ousmane Laye Diop par ailleurs journaliste à EnQuête qui a parlé au nom de ses camarades. ‘’Cette réforme apporte des innovations donc, il est important de mettre en place un système de communication pour informer les citoyens’’, a conclu Mouminy Camara le représentant du directeur du Cesti, Ibrahima Sarr.
                                                                                                              ABDOURAHIM BARRY 

vendredi 13 novembre 2015

PROFESSEUR BABACAR SAMB (ANCIEN AMBASSADEUR DU SENEGAL EN EGYPTE)

‘’La Burqa n’est pas autorisée par l’islam’’
Réagissant au débat sur le port du voile intégral, l’ancien chef du département d’arabe de l’Ucad, qui
Babacar Samb
était hier dans les locaux du Centre d’études des sciences et techniques de l’information
 (Cesti), préconise l’interdiction de la Burqa pour des raisons de sécurité. Mieux, pour Babacar Samb, la Burqa n’est pas autorisée par l’islam
Les réactions au discours du chef de l’Etat Macky Sall sur le voile intégral continuent de fuser de partout. L’ancien Ambassadeur du Sénégal en Egypte, Babacar Samb, est en phase avec le président de la République. Invité hier du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) dans le cadre de ses carrefours d’actualité, il soutient que le voile intégral peut être interdit pour des raisons de sécurité. ‘’Même l’institut Al Azhar du Caire qui est une référence des musulmans sunnites l’a interdit’’, a-t-il précisé.
Le professeur Samb affirme que ce type d’accoutrement n’est pas autorisé par l’islam. "La Burqa n’a pas une base islamique. C’est un habillement qui relève de la tradition arabe. La femme musulmane doit couvrir  son corps certes, mais pas de façon intégrale. Cette forme de voile est imposée par les conditions climatiques des pays du Golfe avec le vent, la chaleur etc. C’est pourquoi dans cette zone, même les chrétiennes se voilent", a-t-il dit.  D’après Le professeur, l’Etat qui est garant de la sécurité des populations doit tout mettre en œuvre pour sécuriser les personnes et leurs biens et interdire  la Burqa. "Notre pays n’est pas à l’abri du terrorisme même si la menace n’est pas imminente. On a noté depuis quelques années la  naissance de mouvements islamiques au Sénégal. Ils viennent avec leur propre litanie et nous impose un nouveau type d’habillement copié des confréries arabes", a-t-il ajouté. Le spécialiste du monde arabe préconise la prévention comme moyen de lutte contre le terrorisme. Il invite par ailleurs l’Etat à une large concertation sur la question en impliquant tous les acteurs religieux. Selon lui, chacun est libre de s’habiller comme il veut à condition qu’il ne menace pas la sécurité des citoyens.
‘’La troisième intifada’’ 
Babacar Samb est aussi largement revenu sur les crises dans le monde arabe en général et au Moyen Orient en particulier. La particularité des régimes arabes, c’est qu’il n’y a jamais eu d’anciens chefs d’Etat, tous les dirigeants ont régné jusqu’à leur mort ou ont été tués au pouvoir. Abordant le plus vieux conflit de la région, il fustige le comportement d’Israël et la complicité de la communauté internationale. Selon lui, la nouvelle forme de combat au couteau adoptée par les Palestiniens peut être considérée comme ‘’la troisième intifada’’.
‘’Israël est le seul membre de l’organisation des Nations unies (Onu) au monde qui ne respecte pas ses résolutions. Et cela,  sans conséquence. Il est aussi le seul pays qui théorise et pratique le terrorisme d’Etat’’, a-t-il dénoncé devant les étudiants du Cesti. L’ehec de Barack Obama sur le règlement du conflit israélo-palestinien s’explique, selon lui, par un manque d’autorité du président américain sur l’Etat sioniste. ‘’Le lobby juif aux Etats-Unis est tellement fort que tout président américain, qu’il soit républicain ou démocrate, est obligé de s’aligner sur la volonté des juifs’’, croit-il savoir.
Concernant la crise au Yémen dans laquelle le Sénégal a failli s’engager aux côtés de la coalition menée par l’Arabie Saoudite contre la rébellion Houtti, il prédit que personne ne pourra gagner cette guerre. Et les raisons sont simples, d’après lui : ‘’C’est un pays montagneux où il est difficile de combattre’’. L’ancien ambassadeur a aussi soutenu que ce sont les mêmes causes qui ont empêché les Américains et leurs alliés de gagner contre les talibans en Afghanistan. ‘’L’ancien empire Ottoman avait dominé l’ensemble des pays arabes sauf le Yémen.
Et les minorités  houttis et Jaïdites ont toujours été marginalisées par le gouvernement yéménite. Donc ils n’accepteront pas de négocier pour céder le pouvoir à Sana, mais le partager, ce que refusent les Saoudiens et leurs alliés’’, a rappelé Babacar Samb. Concernant la victoire des islamistes dans la plupart des pays qui ont connu le printemps arabe, le professeur Samb a soutenu que c’est à cause de la crise idéologique dans le monde. ‘’Les islamistes ont toujours attiré les électeurs dans ces pays car les gens s’identifient à leur discours. Aujourd’hui, si on organisait des élections libres et transparentes en Egypte, les frères musulmans les gagneraient.’
                                                                                        ABDOURAHIM BARRY ET OUMAR BAYO BA 

lundi 9 novembre 2015

PHILOME ROBERT, JOURNALISTE A FRANCE 24

"Même si, après les avocats et les politiques, nous sommes les plus détestés,… "
De passage à Dakar, Philomé Robert, le présentateur vedette de la chaîne d’information en continue France 24, s’est entretenu hier avec les étudiants du Centre d’étude des sciences et techniques de l’information (Cesti).

Philomé Robert était l’invité de la direction de l’école dans le cadre des carrefours d’actualité organisés presque tous les mercredis soirs. Le présentateur a axé sa communication sur le métier de journaliste et sa Chaîne France24 . Il a expliqué qu’elle est un média de service public mis en place par l’Etat français pour défendre ses intérêts et son image à l’extérieur. « France 24 a une mission de vendre l’image de la France à l’étranger, comme tous les grands pays en ont (CNN, la BBC, Aljazira etc.) ».
Toutefois, il a précisé que les journalistes sont libres. Cette précision est d’autant plus importante que le Groupe France Média monde auquel appartiennent France 24 et RFI est accusé de faire de la propagande pour l’Etat français.  Sous la tutelle du Quai d’Orsay (ministère des Affaires étrangères de la France), ces structures médiatiques ne font pas l’unanimité en Afrique, surtout chez les anti-impérialistes et combattants de la Françafrique.
L’auteur du livre « Exil au crépuscule » n’a pas manqué de se prononcer sur son métier qui lui a valu son exil. Philomé Robert a rappelé aux journalistes en herbe qu’ils sont dans un domaine où on ne doit pas oublier l’essentiel. « Notre première fonction est de servir les citoyens, surveiller les pouvoirs publics et stimuler le débat démocratique », a-t-il dit. Selon lui, le journaliste doit toujours douter de tout et être vigilant. Dans le contexte de l’explosion des médias et le Web qui fait que tout le monde livre des informations, il estime que les journalistes doivent s’adapter aux nouvelles technologies. « Il faut distinguer l’information de la propagande et de la désinformation.
Je ne crois pas à la neutralité et à l’objectivité. Mais, je ne me permets pas d’être malhonnête, de dire des choses qui n’existent pas », a-t-il soutenu. Ainsi, il est revenu sur les raisons qui l’ont poussé à l’exil. Il raconte dans l’ouvrage précité comment il a échappé à un assassinat, dans son pays, Haïti. Lors, d’élections dans cet Etat des Caraïbes, il y a eu des bourrages d’urnes. Il fallait choisir entre être neutre et renvoyer le pouvoir et l’opposition dos à dos ou dire la vérité. Il a décidé de relater les faits. Cela a failli lui coûter la vie. Ces événements se sont déroulés dans les années 2000, sous le règne de Jean Bertrand Aristide. Depuis, il est devenu  un défenseur de la liberté de la presse. « Même si, après les avocats et les hommes politiques, nous sommes les plus détestés, notre métier reste très utile pour la société », a-t-il conclu. 
                                                                                                            ABDOURAHIM BARRY 


mardi 25 août 2015

Mamadou Dia revit dans le cœur des khombolois

Le premier chef de l’exécutif sénégalais reste populaire dans sa ville natale. Les khombolois lui témoignent une reconnaissance sans faille. Ils regrettent son court passage au pouvoir et réfutent les accusations de coup d’Etat contre lui en, 1962.
« Si Mamadou Dia n’avait pas été arrêté, Khombole serait aujourd’hui  l’une des villes les plus émergentes du Sénégal ». Ces propos de M. Dieng, délégué de quartier, montrent bien l’affection que les khombolois gardent toujours à l’égard de l’ancien président du Conseil et chef de l’exécutif de 1960 à 1962.  Personnalité politique de premier plan à l’indépendance, les habitants de khombole, surtout les vieux qui l’ont connu, regrettent son court passage à la tête du gouvernement. Malgré son mandat abrégé par les événements douloureux du 22 décembre 1962, toutes les infrastructures notamment routières datent de l’époque où il était au pouvoir. «Toutes les routes qui existent dans la commune ont été construites par lui. Elles remontent à 1963. Il nous a tout donné », ajoute M. Dieng.
A quelques centaines de mètres du marché se trouve la maison familiale du défunt président du Conseil. Rien ne montre que l’homme politique vivait ici. Elle ressemble à un lieu abandonné. Elle est constituée de deux bâtiments, l’un habité par des locataires et l’autre fermé. Elle garde son architecture initiale. Au milieu de la cour se trouve un manguier. Les occupants ne connaissent même pas qui était l’homme.
Derrière la cour, se dresse une maison ultra moderne. Elle est issue de la division de la grande maison familiale des Dia. Nièce et belle-fille de Mamadou Dia, Maty Souaré y vit avec sa famille. Elle est l’épouse du feu Ousmane Dia neveu de l’ancien ami et compagnon de Senghor. Dans son salon comprenant des équipements modernes, le voile sur la tête et un chapelet à la main, elle est en train de formuler ses prières en cette soirée du lundi premier mai 2015. Elle ne se rappelle pas les événements de 1962, car « j’étais très jeune », affirme-t-elle. Mais soutient-elle, « connaissant l’homme, il était incapable de faire du mal à quelqu’un. Il était véridique. Je pense que c’étaient des accusations sans fondement. Il n’a jamais fait un coup d’Etat», conclut, Maty.
Les khombolois ont du mal à croire que Mamadou Dia avait des intentions de renverser Senghor. Selon Macoumba Fall, enseignant et conseiller municipal, la crise de 1962 avait des soubassements politiques car il y avait une dualité au sommet de l’Etat.
Six ans après sa disparition, Mamadou Dia est perçu comme une personne  gentille et généreuse par ceux qui l’ont connu, au moins ici à Khombole. « Il est issu d’une bonne famille. Quand mon  père est venu ici, il habitait chez lui», raconte le vieux Moustapha Bâ, un voisin. « A l’époque nous étions en paix. Mais Khombole a beaucoup souffert des rivalités de Dia et Senghor», poursuit-il. Âgé de 89 ans, Bâ est un témoin de cette période. Avec sa voix à peine audible, il n’en veut pas à Senghor car selon lui, c’est Satan et la politique qui ont détruit cette amitié sincère qui existait entre les deux hommes d’Etat. «Senghor venait rendre visite à la famille sans Mamadou Dia», soutient Maty Souaré.
Si Khombole est dans cette situation de pauvreté c’est parce qu’elle « a été victime du dualisme entre Mamadou et Léopold», ajoute M. Dieng. Les routes datent de 1963. Depuis lors, il n’y a eu aucune nouvelle infrastructure et celles qui sont là n’ont jamais été réfectionnées. Malgré la courte durée de son pouvoir, les Khombolois estiment qu’il a réalisé plus que tous les gouvernements qui lui ont succédé.
                                                                                              Abdourahim BARRY