mardi 7 juillet 2015

La déperdition scolaire à Khombole

Des élèves entraînent de chanter dans une classe 
  « L’éducation se porte mal ». Khombole a longtemps été considéré comme un creuset intellectuel à cause de son histoire. Mais aujourd’hui, l’héritage colonial n’est visible que par les vieux bâtiments laissés par les colons et le chemin de fer qui rappelle le passé glorieux du commerce.
Cette ville très bien dotée en infrastructure scolaire est touchée de plein fouet par le phénomène de la déperdition scolaire qui touche la plupart des zones rurales. Les taux de réussite aux examens sont très faibles à tous les niveaux. «L’éducation se porte très mal dans la commune de Khombole et environ, le niveau des élèves est très faible », explique Macoumba Fall, enseignant et président de la commission éducation à la mairie de Khombole. Les causes de ce problème sont nombreuses et variées. Entre une mauvaise politique éducative de l’Etat et un bas niveau de certains enseignants, les responsabilités sont partagées.
La politique de massification que l’Etat a adoptée est décriée par les enseignants et les parents d’élèves. M. Fall juge inacceptable les directives données aux enseignants. « On nous intime l’ordre de ne pas faire redoubler un enfant en classe de CI, même s’il ne sait pas lire ». Cette politique qui vise à satisfaire les bailleurs de fonds à travers des chiffres parfois exagérés, a fini de rabaisser drastiquement le niveau des élèves à tout point de vue. Le recrutement des acteurs de l’éducation aussi est pointé du doigt. L’enseignement n’est plus un métier par option, mais un point de chute pour certains cartouchards des universités et personnes qui n’ont pas pu réaliser leur rêve d’entame.
Un instituteur qui n’a pas de niveau ne peut pas inculquer du savoir à un élève. Certains peinent à construire une phrase correcte, « ils passent tout leur temps à parler Wolof dans les classes, parfois même ils expliquent les leçons dans cette langue ». Ce constat est de presque tous les parents d’élèves rencontrés dans la ville de Mamadou Dia. Dès lors, un problème majeur se pose car comme le dit l’adage « on ne peut transmettre que, ce que l’on a ». Homme du sérail, Macoumba Fall enseigne depuis 1978. Celui qui a étudié pendant le règne de Senghor, époque où le Sénégal était une référence en Afrique et dans le monde, dresse un bilan sombre de la situation scolaire et accuse sans peine ses collègues. «L’absentéisme, les récréations prolongées et la féminisation de la profession sont entre autres les principales causes du faible niveau». Tous ces problèmes réunis, ils conduisent inévitablement les apprenants vers des échecs et vers l’abandon.
L’Ecole élémentaire Ismaël Diop a été créée en 1915. Elle a débuté avec deux classes. La première école de la commune et de toute la zone compte aujourd’hui 15 classes.  C’est avec fierté que Monsieur Sadikh Gueye, le directeur cite les personnalités qui ont eu à faire leur scolarité dans son établissement, entre autres  Mamadou Dia, Nalla Ndiaye et lui-même. Les cas d’abandon sont très élevés. «Les causes sont souvent le manque de moyens des parents d’élèves et manque d’encadrement à la maison». Le taux de scolarisation tourne autour de 70% dans la commune de Khombole avec une majorité de filles. Mais à l’arrivée, beaucoup d’élèves n’achèvent pas le cycle primaire «nous avons déjà 4 filles qui ne feront pas l’examen faute d’extraits de naissance», se désole M. Gueye.
La majorité des parents n’ont pas été à l’école. Cela entraîne un problème d’encadrement à la maison. Ainsi, les enfants sont laissés à eux même. Ils passent toute la journée à errer dans les rues et jouer au football après les cours. Ils repartent le lendemain sans jeter un seul coup d’œil sur les leçons précédentes.
Commune depuis 1925, Khombole est un symbole de la domination coloniale. Naturellement comme toute ancienne ville avant les indépendances, l’école a été très tôt installée. La commune est bien servie en infrastructures   éducatives. Elle compte 6 écoles primaires, un lycée, un collège et une école privée catholique. Malgré ce privilège, les échecs scolaires se multiplient entraînants une régression de l’enseignement du français dans la zone.
                                                                                                    Abdourahim Barry

  

    


jeudi 25 juin 2015

Transition de l’analogique au numérique : Les étudiants méconnaissent la télévision numérique terrestre

La date butoir du passage de l’analogique au numérique a expiré aujourd’hui.
Dans les ménages rien n’a changé. La télé est toujours analogique. Les étudiants fustigent le manque d’information qui entoure le projet.
     Le moment tant attendu est venu, au moins théoriquement.  Les téléspectateurs sont officiellement entrés dans le monde numérique. Ce changement plus que révolutionnaire est pourtant ignoré par la majorité de la population. A l’université Cheikh Anta Diop de Dakar on déplore un défaut de communication. Les étudiants ne sont pas bien informés sur le sujet. Certains le confondent au tournoi de lutte dénommé « TNT ». Le manque d’information est pointé du doigt par toutes les personnes interpellées.
    Le campus social est un endroit différent des autres. Certaines considèrent que c’est une ville à part entière. Plus de quatre-vingt mille âmes y vivent ou au moins fréquentent les lieux. Au pavillon A, le plus grand et le plus vieux du campus est un exemple patent de son surpeuplement. Les chambres construites initialement pour deux personnes, abritent parfois plus de dix.
    Après les heures de cours les étudiants s’adonnent à des activités de divertissement. Midi c’est l’heure de la pause pour la plupart d’entre eux. Chambre  163 couloir H  du pavillon A, il est difficile de trouver une place pour s’asseoir. Entre les locataires des lieux et les visiteurs, elle est pleine à craquer.  Un téléviseur éteint est posé sur la table. Un ordinateur portable sur lequel une partie du groupe regarde un film a pris le relais de la télé. La musique elle vient en appui pour rendre l’ambiance plus agréable. Ici dès qu’on prononce  le mot «  TNT », on vous renvoie au tournoi de lutte qui porte le même nom. Aïssatou Faye venu rendre visite à ses camarades d’amphi, affirme ne pas savoir beaucoup de chose sur cette affaire. Tout ce qu’elle sait « c’est que c’est une télévision plus sophistiquée et on dit qu’on doit changer nos postes téléviseurs ». C’est tout ce que peut dire sur le sujet l’étudiante en licence 3, au département d’anglais. Sur cette ligne, elle n’est pas seule. Son camarade d’amphi Nazir Niang est au même niveau d’information. « C’est une télévision qui te permet de te connecter à Internet avec ton poste téléviseur», affirme-t-il.   
    Beaucoup ne savent même pas de quoi il s’agit. Toutes les personnes interrogées sont unanimes pour dire que l’information n’est pas bien passée. Dans ce même pavillon, chambre 314. Un calme presque total y règne. Contrairement à la chambre précédente, Daouda Saïdou Ly et ses camarades n’ont pas de téléviseur. Daouda est convaincu que le basculement effectif de l’analogique vers le numérique ne sera pas pour demain. « Les populations ne sont pas bien informées alors qu’elles sont les premières concernées». L’économiste en formation à la faculté des sciences et de gestion (Faseg) et par ailleurs natif du Fouta, ajouté « moi je suis villageois et on dit que la TNT va permettre surtout aux populations rurales d’accéder à toutes les chaînes de télévision, mais ils ne sont même pas au courant de l’existence de ce projet».
    Restons au vieux pavillon. La chambre 320, l’ambiance est assez particulière. Malgré l’étroitesse de la pièce, une grosse télévision accompagnée d’un ordinateur fixe est posée sur la table. Une imprimante déposée par terre et beaucoup de papiers mal rangés sur les étagères. Ici, il faut aussi tenir compte des nombreux cafards visibles partout. Ils se faufilent entre les personnes. Mieux informé, Yagouba Sagna lui maitrise l’essentiel des informations véhiculées par les médias. L’étudiant   en licence 3 en science politique est au diapason de l’actualité. Il est même prêt pour l’achat du décodeur condition sine qua non pour capter le signal numérique.   Mais il partage l’idée de  ceux qui disent qu’il n’y a pas une bonne communication autour de ce changement.  Sa préoccupation majeure « les chefs d’entreprise doivent changer de contenu Il n’y a que du divertissement », conclut Sagna.
    Les pensionnaires du pavillon B, plus calmes que ceux de A, confirment la tendance qui s’est dégagée au sein de la population en général et au sein des étudiants en particulier. Dans cette chambre individuelle occupée par 6 personnes tous les regards sont fixés sur le petit écran. A cette heure de pose, ils regardent le journal sur Walf TV. Autour de la théière s’active, Djibril Sène étudiant en master 2 de géographie. Il  nous montre avec humour le fil de fer qui sert d’antenne pour capter le signal. La TNT, il  n’en sait pas grand-chose. Il a entendu seulement qu’on doit acheter des décodeurs pour avoir les images de la télévision. « Ce sera des dépenses supplémentaires et on n’a pas d’argent », conclut-il.
    La télévision numérique terrestre n’est pas encore une réalité au Sénégal malgré la date butoir qui était fixée pour aujourd’hui. En attendant l’effectivité du projet, les sénégalais concernés au premier chef, continuent de recevoir les images analogiques. Pour une bonne transition de l’analogique au numérique, les autorités en charge de la question doivent tenir compte de ces remarques et relever le défi de la communication.
                                                                                                      Abdourahim Barry


jeudi 18 juin 2015

L’Ucad envahie par les déchets plastiques


L’université Cheikh Anta Diop de Dakar montre un visage de plus en plus dégradé. Son environnement ne correspond plus à une université moderne.
L’insalubrité a atteint un niveau inquiétant. Entre l’incivisme de ses occupants et le sureffectif, toutes les conditions sont réunies pour polluer l’espace universitaire.
    L’image de la première université francophone d’Afrique  ne sied pas à son statut.  Derrière les grandes artères bien ornées par quelques fleurs, se cache une autre réalité. L’environnement est très mal en point. La pollution a atteint son paroxysme. Les sachets plastiques, les tasses de café Touba et les papiers de toute sorte envahissent les facultés et les espaces publics. Malgré la verdure, le campus pédagogique donne une mauvaise image au visiteur.
    L’Université Cheikh Anta Diop ne remplit pas les critères standards d’une université sur le plan environnemental. Ce constat est partagé par les autorités universitaires. « Le campus est dans un état insalubre, ce qui est inacceptable », dénonce le Professeur Falilou Ndiaye, coordonnateur du programme d’amélioration du cadre de vie mis en place  par le recteur. C’est ce qui a motivé la journée de « set setal » et de sensibilisation organisée le samedi dernier par le rectorat.
    Situé derrière la faculté de médecine, le bois sacré est très connu des étudiants en quête d’endroit calme pour réviser leurs leçons. Ici, on a l’impression d’être au milieu d’une forêt équatoriale. Le bruit des oiseaux perturbe un peu le calme qui y règne.  Difficile d’avoir une place pour s’asseoir.  Des étudiants s’installent sous les arbres. Les yeux rivés sur leurs cours, ils s’asseyent sur des briques, des pierres superposées, des nattes ou tapis de prière etc. Ils passent toute la journée dans ce lieu qui garantit l’oxygène à ses hôtes. En face de ce paysage admirable se trouve un dépotoir d’ordure. Tous les déchets collectés à la faculté de médecine sont déposés ici pour être ensuite incinérés. Assise à quelques mètres, Yacine Bâ étudiante à la faculté des sciences juridiques et politiques déplore cette situation. « Notre environnement doit être entretenu, mais vous constatez vous-même que les ordures sont partout et une mauvaise odeur se dégage du dépotoir ».
    L’Ucad ne dispose pas de système de collecte et de gestion des ordures ménagères. « Entre les étudiants, les enseignants et le personnel de service, cent mille personnes vivent dans cet espace de quelques hectares», renseigne le Professeur, Falilou Ndiaye. Ce nombre composé en majorité d’étudiants qui foulent souvent aux pieds les règles civiques justifie bien l’état d’insalubrité dans lequel se trouve le temple du savoir. Le quotidien de ces « inconscients environnementaux » est rythmé par la consommation du café Touba et de l’eau en sachet. Les déchets plastiques sont les plus nocifs pour l’environnement. «Ils ne sont pas biodégradables, ils peuvent rester pendant cent ans sans se dégrader», explique Mamadou Kébé, étudiant en licence 2 au département de science naturelle de la faculté des sciences et techniques.
    Autre endroit, mêmes réalités. La faculté des sciences juridiques et politiques, la seule à être entièrement clôturée. On ne peut pas entrer ou sortir par la petite porte qui mène à la faculté des sciences sans être attiré par le dépôt d’ordures. Comme à la faculté de médecine, c’est ici qu’on dépose et incinère tous les déchets produits par les juristes de l’Ucad. A l’intérieur, l’imposant bâtiment de couleur marron abritant les deux grands amphis, domine l’espace. Monsieur Dia, gérant de buvette, est entouré d’étudiants. Les tasses de café Touba et les sachets d’eau sont inconsciemment jetés par terre.
    Le bruit qui règne dans le hall est comparable à celui d’un marché très fréquenté. Des tasses de café Touba par ci, des sachets d’eau vides par-là, les emballages de biscuit, c’est le triste décor de ces lieux pourtant nettoyés chaque jour. De taille courte et de grosse corpulence, tenant un balai, Ndeye Diouf fait partie de l’équipe chargée de nettoyer la faculté. Elle regrette le comportement des étudiants « Nous balayons chaque jour tous les coins et recoins. Mais avant de terminer, ils commencent à salir. Il y a des poubelles, mais jamais ils ne jettent les ordures dedans ».
Le nouveau recteur et son équipe ont décidé de mettre fin à ce problème qui déshonore l’Ucad. Selon M. Falilou Ndiaye, « le recteur a prévu un budget de 250 millions de francs CFA et 1 milliard à long terme. Nous avons un programme de réhabilitation de toutes les routes et le  pavage du campus ». Le rectorat va signer bientôt une convention avec les mairies de Fann et de Point E pour qu’elles prennent en charge le ramassage des ordures dans le campus.
En attendant l’effectivité de ces projets, l’université Cheikh Anta Diop continue de donner deux images contradictoires. Celle d’un environnement bien entretenu avec un espace très boisé et celle peu enviable d’une nature agressée et envahie par les déchets plastiques.   
                                                                                                  Abdourahim Barry

mercredi 10 juin 2015

Logement à l’UCAD: Quand la promiscuité devient la règle


     Se loger à Dakar est un parcours du combattant. L’université  Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) ne  déroge pas à cette règle. Les
Le Pavillon A du campus socilal
conditions de vie dans le campus social ne cessent de se dégrader. L’insuffisance des locaux a créé une promiscuité insoutenable.
              Reportage   
    En passant par l’Avenue Cheikh Anta  Diop,  l’endroit attire forcement votre attention. Le vieux bâtiment  aux couleurs bleue et blanche est un symbole de l’hébergement à l’UCAD depuis sa création. Le pavillon A, le premier à être construit sur le site résume toutes les difficultés de logement pour les étudiants. Entre l’insalubrité des toilettes et le surcharge des chambres, le décor illustre bien les conditions de vie au campus.
     L’UCAD est une ville à part entière pour beaucoup de citoyens. De très loin, elle ressemble à une caserne militaire ou un camp de réfugiés. Des habits de toute sorte sont accrochés sur les fenêtres  des pavillons. Une fois dans le campus social, ce qui frappe le visiteur, c’est le nombre pléthorique d’étudiants dans les rues et dans les couloirs des pavillons.
    Le nombre d’étudiants à loger dépasse très largement le nombre de places disponibles. Officiellement, les chambres sont attribuées par ordre de mérite basé sur les résultats des examens. Elles doivent être occupées au maximum par deux locataires.  Mais  aujourd’hui, la réalité est toute autre car on peut trouver douze personnes ou plus dans une chambre.
    Les étudiants adoptent un système d’hébergement c'est-à-dire si deux obtiennent une chambre, ils discutent et chacun emmène des amis qui n’ont pas de logement. Malgré ça, on n’arrive pas à loger tout le monde. D’autres se couchent dans les couloirs des pavillons.
    Il est 13 heures au pavillon A.  C’est la pause pour la plupart des étudiants. Les couloirs sont remplis du monde. L’ambiance est comparable à celle d’un marché très fréquenté. La pollution sonore est assurée par les conversations, associées à la musique jouée à fond dans presque toutes les chambres.  Les va-et-vient très denses créent des embouteillages humains par endroit.
    Les chambres sont aussi des lieux où se déroulent des activités économiques. Dans la chambre 120 A, on a du mal à trouver une place pour s’assoir. Une photocopieuse et une imprimante sont posées sur la table.  Entre ceux qui viennent rendre visite aux locataires et ceux qui sont venus imprimer ou photocopier des documents, la chambre est pleine à craquer.
    Malgré la chaleur accablante et le manque d’espace dans cette chambre de quelques mètres carré, Modou Mbaye s’active autour de sa théière posée sur un réchaud chinois  qui contribue au chauffage de la chambre. Il explique que lui-même a été hébergé par son ami et ancien camarade de classe au lycée. N’ayant pu remplir les conditions nécessaires pour codifier (bénéficier des logements du Coud). «  Je suis de Thiès et je n’ai pas de parents à Dakar. Donc,  je suis obligé de venir ici, même s’il faut reconnaitre que 12 personnes dans une chambre pose problème », soutient M. Mbaye.
    Dans tous les pavillons, la situation est la même. 23 heures au pavillon E. C’est l’heure du coucher. Le couloir est rempli de matelas et de moustiquaires. Parfois pour passer, on est obligé d’escalader les gens. Devant la chambre 48, Mamadiang Baldé est debout sur une chaise. Il est en train d’éteindre les lampes néons fixées sur le plafond avant de se coucher, pour ne pas trop s’exposer aux passants.
    De taille moyenne et de teint noir, Baldé est étudiant en licence 3 à l’université du Sahel. Le natif de Kolda est dans le privé, mais il vient passer la nuit à l’UCAD. « Mon tuteur est à Tiwaoune Peulh. A peu près, à une vingtaine de kilomètres d’ici. Imaginez si je devais quitter là-bas pour venir étudier chaque jour, c’est impossible », affrime le juriste en formation. Avec ses amis de la chambre 48, il a trouvé qu’il n’y avait plus de place, mais il garde ses bagages dans la chambre et il passe la nuit dans le couloir comme le font des centaines d’étudiants dans le campus social.
    Du côté des autorités du centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud), on explique que des solutions sont en cours. Mais ils reconnaissent qu’on ne peut pas loger tous les étudiants estimés à 80 mille. Trois  pavillons sont en construction pour remplacer les quatre détruits l’année dernière. Un agent du Coud estime qu’un problème d’espace commence à se poser car « pour les pavillons en construction, on était obligé de diminuer le terrain de football pour avoir de l’espace ». Il confie qu’ils comptent reconstruire les pavillons détruits.
    Certains étudiants aussi accusent les agents du Coud de distribuer peu de chambres aux ayants droit et de vendre le reste. Selon Ababacar Sadikh Top, étudiant en licence 2 au Cesti et délégué de l’amicale de son établissement, un de ses amis a une chambre individuelle que son père lui a payée à 200 mille francs CFA l’année. Cela constitue pour lui une preuve irréfutable que la gestion des logements n’est pas transparente.
    Cependant, ces accusations sont difficiles à vérifier même si beaucoup d’étudiants disent la même chose. Quoi qu’il en soit, on peut dire que le campus social de l’UCAD est en train de devenir un bidonville.
                                                                         Abdourahim Barry   
                                                                                                                       

  




mardi 19 mai 2015

Entretien avec le journaliste politologue Mouhamed BARRO




MOUHAMADOU BARRO JOURNALISTE POLITISTE

« Aujourd’hui l’urgence c’est d’aller vers des réformes consolidantes des institutions de notre pays »
Mouhamed BARRO
Journaliste engagé, membre du bureau du Mouvement du 23 juin (M23) et analyste politique, Mouhamadou Barro est une des figures marquantes de la société civile sénégalaise. Porte-parole de la famille de Mamadou Diop tué lors des manifestations contre la candidature d’Abdoulaye Wade en 2012, il dirige le réseau des journalistes pour l’information religieuse. Barro analyse la situation politique et économique du pays avec optimisme.

En tant que journaliste observateur. Quel est votre point de vue par rapport à la situation politique délétère de notre pays ?

La situation peut être analysée sous plusieurs angles. Le régime en place est issu d’une élection libre et démocratique. Le président Macky Sall a été élu. Ensuite une nouvelle assemblée nationale a été mise en place et les élections locales ont toutes été organisées dans le calme. Donc on peut dire que la situation politique s’est apaisée. Même s’il y a de l’autre côté des partis de l’opposition qui s’opposent et une société civile qui est dans une dynamique de contrôle citoyen. Mais malgré tout, nous pouvons dire que certaines situations perdurent par rapport à un besoin de réformes institutionnelles qui étaient un vœu des populations en 2012. Après le travail fait par la commission du doyen Amadou Makhtar Mbow un rapport a été déposé sur la table du président de la république. Aujourd’hui l’urgence c’est d’aller vers des réformes consolidantes des institutions pour qu’on ne parle plus de problèmes institutionnels dans notre pays.

Que répondriez-vous à ceux qui accusent la société civile de rejoindre le pouvoir et de se taire sur ses dérives ? 

Il faut dire qu’au Sénégal, la première difficulté qu’on a, c’est de définir qu’est ce que la société civile ? car pour moi elle ne peut pas être résumée à certaines personnalités. La société civile c’est l’ensemble des organisations qui peuvent être des associations de femmes, des ASC, des dahiras etc. Ces structures  sont à Dakar et surtout dans les autres localités du Sénégal. Mais malheureusement on résume tout à certaines grandes institutions de la société civile. Je dis aussi légitiment on ne peut pas reprocher à ceux-là qui étaient dans la société civile de rejoindre le président Macky Sall parce qu’ils sont libres et la loi le permet, donc ils ont pris une option que nous respectons. L’essentiel c’est qu’il y a d’autres qui  restent dans la société civile et continuent le contrôle citoyen.

Si vous devez faire le bilan à mi-parcours du président Sall que diriez-vous ? 

Je dirais qu’il est quand-même  sur le bon chemin malgré certains disfonctionnements liés à sa gestion et d’autres goulots d’étranglements qui viennent d’ailleurs ce qu’on ne dit pas souvent, parce qu’effectivement la plus grande responsabilité incombe au président de la république. Mais il faut dire qu’il y a une certaine résistance sur le plan social, culturel, de nos habitudes, dans la classe maraboutique et dans les associations. Voilà pourquoi les citoyens que nous sommes rechignent parfois à accompagner certaines réformes, ce qui fait que donc les Etats  ou les chefs d’Etats sont obligés de marcher au rythme de leurs populations. Donc il faut dire qu’il y a beaucoup de projets qui sont mis en place. Sur le plan de la bonne gouvernance, plusieurs efforts ont été faits. Mais il reste quand-même du chemin à faire sur le domaine institutionnel. On ne peut pas avoir deux poids deux mesures car la transhumance politique perdure.

Le président de la république vient de boucler une tournée d’une semaine en Casamance. Que pensez-vous de ce déplacement ?

Je crois que ça a été une innovation majeure, qu’un président puisse aller dans la région sud du pays trois fois de suite avec autant d’investissements sur le plan du développement. C’est des efforts à saluer parce que la Casamance et beaucoup  de régions à l’intérieur du pays ont trop souffert à cause de leur enclavement. Le fait qu’il n’y avait pas suffisamment de moyens de transports depuis la disparition du bateau Le Joola, a causé beaucoup de tort à cette partie du Sénégal. Mais aujourd’hui nous avons les deux nouveaux bateaux qui permettront de faciliter le développement de la région. La construction du pont de Kolda aussi va rendre le transport fluide et assurer la continuité du territoire.

 

L’opposition dit que c’est un déplacement politique en perspective de l’élection présidentielle de 2017, le camp du pouvoir dit que c’est une tournée économique. Quelle est votre analyse ?

Je crois que les gens sont libres de faire leur analyse, mais aujourd’hui une tournée politique n’a pas forcément cette allure, parce que là ce sont des investissements structurants qui sont faits. Ce qui est visible c’est des bateaux, des routes, des ponts etc. Maintenant politiquement il faut dire que tout régime qui fait des investissements importants dans une région aura les bénéfices de certains avantages. Mais aussi si faire de la politique c’est investir dans des projets y a rien de mal à ça.    

 Que pensez-vous des conseils des ministres décentralisés initiés par Macky Sall depuis 2012 ?

 Je pense que la perception vient d’abord des populations qui accueillent les autorités. Parce qu’au-delà de l’accueil, les habitants de ces régions ont toujours vécu une certaine marginalisation, ils se sentaient oubliés par l’Etat car beaucoup de citoyens du Fouta, de Kédougou, de la Casamance en venant à Dakar disent : « nous allons au Sénégal ». C’est parce que pendant longtemps ils ont été marginalisés. Récemment à Kédougou j’ai vu à travers les médias qu’il n’y avait pas assez de matelas dans les hôtels. Les ministres ont passé la nuit dans des villas des personnalités de la région, cela va permettre à ces derniers de voir les conditions dans lesquelles ces populations vivent pour prendre des mesures de solution.

Depuis qu’on a commencé les conseils des ministres décentralisés on a promis beaucoup de milliards, mais concrètement qu’est qui a été fait?

Nous pouvons dire  qu’il y a un réel problème de communication dans ce que l’Etat fait. C’est-à-dire que ces genres de promesses de milliards, c’est des possibilités d’investissements, des projets des grandes firmes ou entreprises. Malheureusement ce n’est pas bien présenté et souvent les populations n’ont pas le même entendement. Ils vont penser que cet argent doit venir dès le départ du président et ils vont s’agiter. Mais je pense qu’il y a un effort à faire dans ce domaine pour que les populations puissent comprendre de quoi il s’agit.

Vous êtes aussi le porte-parole de la famille de Mamadou Diop tué lors des violences préélectorales de 2012. Où en est ce dossier sur le plan judiciaire?

 Il faut dire que le dossier a deux volets : un volet judiciaire et un volet civil. Sur le plan judiciaire après le troisième anniversaire, on a noté effectivement beaucoup de lenteurs par ce que le dossier a été géré de manière très lente. Aujourd’hui l’enquête a été bouclés nous (NDLR: membre de la famille de Mamadou Diop) avons été entendus récemment par le doyen des juges. Mais malheureusement il faut dire que cette affaire a pris beaucoup de retards. Trois ans après le décès tragique de Mamadou Diop, nous devons maintenant aller vers des poursuites judiciaires car nous sommes convaincus qu’il y a eu des responsables dans la chaine de commandement. On nous parle de deux policiers chauffeurs qui étaient dans le camion de la police arrêtés, ils sont peut-être des exécutants, il y a quand-même d’autres responsables dans la hiérarchie de la police qui doivent être entendus sur le dossier pour faire éclater la vérité et qu’on puisse faire notre deuil.

Selon vous, qu’est ce qui bloque le dossier ?

C’est d’abord un dossier qui est en instruction il faut le dire, ensuite c’est un dossier qui touche certaines sensibilités, des autorités de la police comme l’ancien commissaire de Dakar Harouna Sy, l’ancien ministre de l’intérieur Ousmane Ngom, les responsables de la police. Moi  je crois fermement c’est tout cela qui fait que le dossier n’avance pas. Malgré tout un Etat ne doit pas fonctionner comme ça, car la loi est générale et impersonnelle, qu’on soit policier ou citoyen simple, la justice doit être rendue.
                                                                Propos recueillis par Abdourahim Barry


* Cette interview a été réalisée au mois de février dernier

                                                                                                                                                                                                                

 

 

jeudi 7 mai 2015

L’HOPITAL TRADITIONNEL DE KEUR MASSAR


Une expérience qui a fait ses preuves

 
 
« L’hôpital traditionnel de Keur Massar se veut aujourd’hui comme tous les
Fabrication de médicaments
hôpitaux du monde ».  Fondé au début  pour traiter des lépreux et faire la recherche sur la médecine tropicale, il allie aujourd’hui tradition et modernité.
 

 
Reportage 
    Symbole de la modernisation de la médecine traditionnelle, il est unique au Sénégal. Sur les lieux on a l’impression d’être dans une forêt équatoriale. Un jardin botanique de 10 hectares c’est tout ce qui reste du centre social fondé en 1980 par le Professeur Yvette Paresse. « Nous avions 80 hectares de culture, mais l’Etat a tout repris ». Cet endroit très boisé se trouve au milieu d’une ville ce qui fait qu’il attire forcement l’attention des passants. La pression foncière est très forte car les promoteurs immobiliers ne cessent de faire le lobbying pour récupérer les terres.

   Au milieu des arbres se trouvent une dizaine de cases. Ces derniers ressemblent à celles qu’on voit dans les hôtels à cause de leur architecture. A l’entrée du jardin il est inscrit sur le mur du mémorial dédié à la fondatrice de la structure « professeur, enseignante, chercheur et guérisseuse», ce qui semble être un paradoxe. Comment une scientifique européenne peut être définie comme guérisseuse vue la conception que la science et les intellectuels en général ont de cette pratique ?

   En cette après-midi du jeudi 17 mars, l’ambiance est un peu calme. Les patients ne sont pas au rendez-vous car ils viennent se faire consulter essentiellement le matin. Contrairement au climat général, dans le laboratoire trois personnes s’activent autour d’un sac de feuilles sèches. Ils séparent les bonnes feuilles des mauvaises. L’endroit ressemble à une cuisine de par ses instruments éparpillés partout. Un mortier et ses pilons par ci, un tamis, une bouteille de gaz butane, une gazinière moderne et des marmites par là.

    En blouse blanche comme un véritable scientifique dans son laboratoire, Yéro Diallo est en pleine activité de transformation des feuilles de tamarin en poudre. De taille moyenne et de teint clair, il a des yeux fixés toujours sur son travail. En opposition à plusieurs guérisseurs en Afrique, Yéro n’a pas hérité de ce métier de ses parents, « nous avons été formés par le professeur Yvette Paresse qui était une biologiste française et enseignante à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar », affirme-t-il, avec une voix à peine audible.

   Ici la médecine n’est traditionnelle que par le nom, sinon tout est bien organisé et contrôlé à partir d’un ordinateur qui centre toutes les données. Dans le magasin de stockage, des centaines voire des milliers de bouteilles sont superposées sur des étagères. Chacune de ces dernières contient soit de la poudre de feuilles ou de racines, ou bien de la pommade ou du liquide. En visitant l’endroit, ce qui frappe en premier c’est le nombre de bouteilles et autres récipients qui se trouvent dans cette pièce et surtout la maitrise de leur sujet par les maîtres des lieux.

   Habillé en jean et tee-shirt, Moussa Diallo est un petit fils de Dadi Diallo, le plus grand médecin traditionaliste que l’hôpital ait connu. Après des études jusqu’en classe de 3ème sans obtenir le brevet de fin d’étude moyen (BEFEM), le jeune Moussa décide alors d’abandonner l’école au profit du métier de son grand père. Il parle avec aisance et connaît tous les noms des milliers de plantes médicinales (leurs noms scientifiques en français, leurs noms en Pulaar, et en Wolof) grâce à la formation qu’il a reçue auprès des anciens et lors des séminaires ou stages.

   Dans la pharmacie, une grande partie du mur est couverte par des affiches qui listent les différentes maladies traitées. « Nous traitons plusieurs maladies, même le VIH, nous avons eu des cas de séropositifs qui sont devenus séronégatifs après le traitement », explique notre guide du jour.

   Aujourd’hui l’hôpital traditionnel de Keur Massar a une dimension internationale. Il reçoit des patients venus d’Europe, d’Afrique et du monde entier. Connu pour la qualité de ses soins, il attire des chercheurs en médecine de tous les coins de la planète. Dans  son vaste bureau, une cigarette à la main, Djibril Bâ a un visage osseux et des yeux creux.

   Pour confirmer l’ampleur transnationale de sa structure, M. Bâ explique qu’ils exportent des médicaments à l’étranger et qu’ils disposent d’une pharmacie à Genève en Suisse qui approvisionne les pays européens. L’hôpital prend en charge les maladies les plus graves comme les cancers et le sida. «Nous traitons le Sida comme tout le monde, mais le guérir, je pense que c’est une utopie. Ce que nous faisons ici c’est un traitement immunostimulant qui permet aux patients de stopper définitivement l’évolution de la maladie. Dieu merci jusque-là on a eu d’excellents résultats à tel point que le Professeur Luc Montagnier biologiste et prix Nobel français de médecine est venu nous rendre visite pour s’imprégner de notre expérience», affirme le Directeur de l’hopital.

   Malgré son succès et son expérience incontestables, l’établissement sanitaire rencontre beaucoup de difficultés depuis le désengagement des allemands qui le finançaient et la mort de sa fondatrice. Cela justifie l’externalisation des soins car au début tous les patients étaient internés avec leurs familles. Selon Cheikh Gueye directeur de l’école du centre, 150 à 200 personnes vivaient ici et elles étaient prises en charge entièrement. Mais aujourd’hui tous ces  gens sont rentrés chez eux au village, d’autres sont restés à Dakar. Pour ceux qui sont là, certains vivent dans des difficultés énormes car ils étaient habitués à la vie facile mais aujourd’hui tout a changé.

                                                                                                      Abdourahim Barry