mardi 19 mai 2015

Entretien avec le journaliste politologue Mouhamed BARRO




MOUHAMADOU BARRO JOURNALISTE POLITISTE

« Aujourd’hui l’urgence c’est d’aller vers des réformes consolidantes des institutions de notre pays »
Mouhamed BARRO
Journaliste engagé, membre du bureau du Mouvement du 23 juin (M23) et analyste politique, Mouhamadou Barro est une des figures marquantes de la société civile sénégalaise. Porte-parole de la famille de Mamadou Diop tué lors des manifestations contre la candidature d’Abdoulaye Wade en 2012, il dirige le réseau des journalistes pour l’information religieuse. Barro analyse la situation politique et économique du pays avec optimisme.

En tant que journaliste observateur. Quel est votre point de vue par rapport à la situation politique délétère de notre pays ?

La situation peut être analysée sous plusieurs angles. Le régime en place est issu d’une élection libre et démocratique. Le président Macky Sall a été élu. Ensuite une nouvelle assemblée nationale a été mise en place et les élections locales ont toutes été organisées dans le calme. Donc on peut dire que la situation politique s’est apaisée. Même s’il y a de l’autre côté des partis de l’opposition qui s’opposent et une société civile qui est dans une dynamique de contrôle citoyen. Mais malgré tout, nous pouvons dire que certaines situations perdurent par rapport à un besoin de réformes institutionnelles qui étaient un vœu des populations en 2012. Après le travail fait par la commission du doyen Amadou Makhtar Mbow un rapport a été déposé sur la table du président de la république. Aujourd’hui l’urgence c’est d’aller vers des réformes consolidantes des institutions pour qu’on ne parle plus de problèmes institutionnels dans notre pays.

Que répondriez-vous à ceux qui accusent la société civile de rejoindre le pouvoir et de se taire sur ses dérives ? 

Il faut dire qu’au Sénégal, la première difficulté qu’on a, c’est de définir qu’est ce que la société civile ? car pour moi elle ne peut pas être résumée à certaines personnalités. La société civile c’est l’ensemble des organisations qui peuvent être des associations de femmes, des ASC, des dahiras etc. Ces structures  sont à Dakar et surtout dans les autres localités du Sénégal. Mais malheureusement on résume tout à certaines grandes institutions de la société civile. Je dis aussi légitiment on ne peut pas reprocher à ceux-là qui étaient dans la société civile de rejoindre le président Macky Sall parce qu’ils sont libres et la loi le permet, donc ils ont pris une option que nous respectons. L’essentiel c’est qu’il y a d’autres qui  restent dans la société civile et continuent le contrôle citoyen.

Si vous devez faire le bilan à mi-parcours du président Sall que diriez-vous ? 

Je dirais qu’il est quand-même  sur le bon chemin malgré certains disfonctionnements liés à sa gestion et d’autres goulots d’étranglements qui viennent d’ailleurs ce qu’on ne dit pas souvent, parce qu’effectivement la plus grande responsabilité incombe au président de la république. Mais il faut dire qu’il y a une certaine résistance sur le plan social, culturel, de nos habitudes, dans la classe maraboutique et dans les associations. Voilà pourquoi les citoyens que nous sommes rechignent parfois à accompagner certaines réformes, ce qui fait que donc les Etats  ou les chefs d’Etats sont obligés de marcher au rythme de leurs populations. Donc il faut dire qu’il y a beaucoup de projets qui sont mis en place. Sur le plan de la bonne gouvernance, plusieurs efforts ont été faits. Mais il reste quand-même du chemin à faire sur le domaine institutionnel. On ne peut pas avoir deux poids deux mesures car la transhumance politique perdure.

Le président de la république vient de boucler une tournée d’une semaine en Casamance. Que pensez-vous de ce déplacement ?

Je crois que ça a été une innovation majeure, qu’un président puisse aller dans la région sud du pays trois fois de suite avec autant d’investissements sur le plan du développement. C’est des efforts à saluer parce que la Casamance et beaucoup  de régions à l’intérieur du pays ont trop souffert à cause de leur enclavement. Le fait qu’il n’y avait pas suffisamment de moyens de transports depuis la disparition du bateau Le Joola, a causé beaucoup de tort à cette partie du Sénégal. Mais aujourd’hui nous avons les deux nouveaux bateaux qui permettront de faciliter le développement de la région. La construction du pont de Kolda aussi va rendre le transport fluide et assurer la continuité du territoire.

 

L’opposition dit que c’est un déplacement politique en perspective de l’élection présidentielle de 2017, le camp du pouvoir dit que c’est une tournée économique. Quelle est votre analyse ?

Je crois que les gens sont libres de faire leur analyse, mais aujourd’hui une tournée politique n’a pas forcément cette allure, parce que là ce sont des investissements structurants qui sont faits. Ce qui est visible c’est des bateaux, des routes, des ponts etc. Maintenant politiquement il faut dire que tout régime qui fait des investissements importants dans une région aura les bénéfices de certains avantages. Mais aussi si faire de la politique c’est investir dans des projets y a rien de mal à ça.    

 Que pensez-vous des conseils des ministres décentralisés initiés par Macky Sall depuis 2012 ?

 Je pense que la perception vient d’abord des populations qui accueillent les autorités. Parce qu’au-delà de l’accueil, les habitants de ces régions ont toujours vécu une certaine marginalisation, ils se sentaient oubliés par l’Etat car beaucoup de citoyens du Fouta, de Kédougou, de la Casamance en venant à Dakar disent : « nous allons au Sénégal ». C’est parce que pendant longtemps ils ont été marginalisés. Récemment à Kédougou j’ai vu à travers les médias qu’il n’y avait pas assez de matelas dans les hôtels. Les ministres ont passé la nuit dans des villas des personnalités de la région, cela va permettre à ces derniers de voir les conditions dans lesquelles ces populations vivent pour prendre des mesures de solution.

Depuis qu’on a commencé les conseils des ministres décentralisés on a promis beaucoup de milliards, mais concrètement qu’est qui a été fait?

Nous pouvons dire  qu’il y a un réel problème de communication dans ce que l’Etat fait. C’est-à-dire que ces genres de promesses de milliards, c’est des possibilités d’investissements, des projets des grandes firmes ou entreprises. Malheureusement ce n’est pas bien présenté et souvent les populations n’ont pas le même entendement. Ils vont penser que cet argent doit venir dès le départ du président et ils vont s’agiter. Mais je pense qu’il y a un effort à faire dans ce domaine pour que les populations puissent comprendre de quoi il s’agit.

Vous êtes aussi le porte-parole de la famille de Mamadou Diop tué lors des violences préélectorales de 2012. Où en est ce dossier sur le plan judiciaire?

 Il faut dire que le dossier a deux volets : un volet judiciaire et un volet civil. Sur le plan judiciaire après le troisième anniversaire, on a noté effectivement beaucoup de lenteurs par ce que le dossier a été géré de manière très lente. Aujourd’hui l’enquête a été bouclés nous (NDLR: membre de la famille de Mamadou Diop) avons été entendus récemment par le doyen des juges. Mais malheureusement il faut dire que cette affaire a pris beaucoup de retards. Trois ans après le décès tragique de Mamadou Diop, nous devons maintenant aller vers des poursuites judiciaires car nous sommes convaincus qu’il y a eu des responsables dans la chaine de commandement. On nous parle de deux policiers chauffeurs qui étaient dans le camion de la police arrêtés, ils sont peut-être des exécutants, il y a quand-même d’autres responsables dans la hiérarchie de la police qui doivent être entendus sur le dossier pour faire éclater la vérité et qu’on puisse faire notre deuil.

Selon vous, qu’est ce qui bloque le dossier ?

C’est d’abord un dossier qui est en instruction il faut le dire, ensuite c’est un dossier qui touche certaines sensibilités, des autorités de la police comme l’ancien commissaire de Dakar Harouna Sy, l’ancien ministre de l’intérieur Ousmane Ngom, les responsables de la police. Moi  je crois fermement c’est tout cela qui fait que le dossier n’avance pas. Malgré tout un Etat ne doit pas fonctionner comme ça, car la loi est générale et impersonnelle, qu’on soit policier ou citoyen simple, la justice doit être rendue.
                                                                Propos recueillis par Abdourahim Barry


* Cette interview a été réalisée au mois de février dernier

                                                                                                                                                                                                                

 

 

jeudi 7 mai 2015

L’HOPITAL TRADITIONNEL DE KEUR MASSAR


Une expérience qui a fait ses preuves

 
 
« L’hôpital traditionnel de Keur Massar se veut aujourd’hui comme tous les
Fabrication de médicaments
hôpitaux du monde ».  Fondé au début  pour traiter des lépreux et faire la recherche sur la médecine tropicale, il allie aujourd’hui tradition et modernité.
 

 
Reportage 
    Symbole de la modernisation de la médecine traditionnelle, il est unique au Sénégal. Sur les lieux on a l’impression d’être dans une forêt équatoriale. Un jardin botanique de 10 hectares c’est tout ce qui reste du centre social fondé en 1980 par le Professeur Yvette Paresse. « Nous avions 80 hectares de culture, mais l’Etat a tout repris ». Cet endroit très boisé se trouve au milieu d’une ville ce qui fait qu’il attire forcement l’attention des passants. La pression foncière est très forte car les promoteurs immobiliers ne cessent de faire le lobbying pour récupérer les terres.

   Au milieu des arbres se trouvent une dizaine de cases. Ces derniers ressemblent à celles qu’on voit dans les hôtels à cause de leur architecture. A l’entrée du jardin il est inscrit sur le mur du mémorial dédié à la fondatrice de la structure « professeur, enseignante, chercheur et guérisseuse», ce qui semble être un paradoxe. Comment une scientifique européenne peut être définie comme guérisseuse vue la conception que la science et les intellectuels en général ont de cette pratique ?

   En cette après-midi du jeudi 17 mars, l’ambiance est un peu calme. Les patients ne sont pas au rendez-vous car ils viennent se faire consulter essentiellement le matin. Contrairement au climat général, dans le laboratoire trois personnes s’activent autour d’un sac de feuilles sèches. Ils séparent les bonnes feuilles des mauvaises. L’endroit ressemble à une cuisine de par ses instruments éparpillés partout. Un mortier et ses pilons par ci, un tamis, une bouteille de gaz butane, une gazinière moderne et des marmites par là.

    En blouse blanche comme un véritable scientifique dans son laboratoire, Yéro Diallo est en pleine activité de transformation des feuilles de tamarin en poudre. De taille moyenne et de teint clair, il a des yeux fixés toujours sur son travail. En opposition à plusieurs guérisseurs en Afrique, Yéro n’a pas hérité de ce métier de ses parents, « nous avons été formés par le professeur Yvette Paresse qui était une biologiste française et enseignante à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar », affirme-t-il, avec une voix à peine audible.

   Ici la médecine n’est traditionnelle que par le nom, sinon tout est bien organisé et contrôlé à partir d’un ordinateur qui centre toutes les données. Dans le magasin de stockage, des centaines voire des milliers de bouteilles sont superposées sur des étagères. Chacune de ces dernières contient soit de la poudre de feuilles ou de racines, ou bien de la pommade ou du liquide. En visitant l’endroit, ce qui frappe en premier c’est le nombre de bouteilles et autres récipients qui se trouvent dans cette pièce et surtout la maitrise de leur sujet par les maîtres des lieux.

   Habillé en jean et tee-shirt, Moussa Diallo est un petit fils de Dadi Diallo, le plus grand médecin traditionaliste que l’hôpital ait connu. Après des études jusqu’en classe de 3ème sans obtenir le brevet de fin d’étude moyen (BEFEM), le jeune Moussa décide alors d’abandonner l’école au profit du métier de son grand père. Il parle avec aisance et connaît tous les noms des milliers de plantes médicinales (leurs noms scientifiques en français, leurs noms en Pulaar, et en Wolof) grâce à la formation qu’il a reçue auprès des anciens et lors des séminaires ou stages.

   Dans la pharmacie, une grande partie du mur est couverte par des affiches qui listent les différentes maladies traitées. « Nous traitons plusieurs maladies, même le VIH, nous avons eu des cas de séropositifs qui sont devenus séronégatifs après le traitement », explique notre guide du jour.

   Aujourd’hui l’hôpital traditionnel de Keur Massar a une dimension internationale. Il reçoit des patients venus d’Europe, d’Afrique et du monde entier. Connu pour la qualité de ses soins, il attire des chercheurs en médecine de tous les coins de la planète. Dans  son vaste bureau, une cigarette à la main, Djibril Bâ a un visage osseux et des yeux creux.

   Pour confirmer l’ampleur transnationale de sa structure, M. Bâ explique qu’ils exportent des médicaments à l’étranger et qu’ils disposent d’une pharmacie à Genève en Suisse qui approvisionne les pays européens. L’hôpital prend en charge les maladies les plus graves comme les cancers et le sida. «Nous traitons le Sida comme tout le monde, mais le guérir, je pense que c’est une utopie. Ce que nous faisons ici c’est un traitement immunostimulant qui permet aux patients de stopper définitivement l’évolution de la maladie. Dieu merci jusque-là on a eu d’excellents résultats à tel point que le Professeur Luc Montagnier biologiste et prix Nobel français de médecine est venu nous rendre visite pour s’imprégner de notre expérience», affirme le Directeur de l’hopital.

   Malgré son succès et son expérience incontestables, l’établissement sanitaire rencontre beaucoup de difficultés depuis le désengagement des allemands qui le finançaient et la mort de sa fondatrice. Cela justifie l’externalisation des soins car au début tous les patients étaient internés avec leurs familles. Selon Cheikh Gueye directeur de l’école du centre, 150 à 200 personnes vivaient ici et elles étaient prises en charge entièrement. Mais aujourd’hui tous ces  gens sont rentrés chez eux au village, d’autres sont restés à Dakar. Pour ceux qui sont là, certains vivent dans des difficultés énormes car ils étaient habitués à la vie facile mais aujourd’hui tout a changé.

                                                                                                      Abdourahim Barry

                                                  

jeudi 16 avril 2015

L'EDUCATION AU SENEGAL: QUAND NOS MINISTRES SE TROMPENT DE PRIORITES ET CIBLES!



« Il n’est pas nécessaire à un prince d’avoir toutes les bonnes qualités dont j’ai fait l’énumération, mais il lui est indispensable de paraître les avoir. […] Il doit se plier aisément aux différentes circonstances dans lesquelles il peut se trouver ».

                                     Machiavel, Le prince (1513), Traduction d’Y. Lèvy, Éditions G-F., p. -62.


La sortie récente du ministre chargé de l’Enseignement supérieur Mary Teuw NIANE, le 14 janvier 2015, ne nous choque point car nous avons déjà lu Le prince de Machiavel! Il s’agit d’un nouveau show lacunaire de plus. Ni plus ni moins car, avant de prétendre poser des passerelles entre les universités et le monde de l’entreprise, il faut d’abord commencer par le commencement: construire une vraie université... Le ministre veut amuser encore une fois la galerie en cherchant, dit-il, de « l’innovation » dans la loi cadre portant sur les universités publiques. Quelle innovation?! Pour lui, « l’université ne sera plus cette tour d’ivoire qui fonctionne pour elle-même»: comme l’université lui « appartient », il prétend l’offrir au monde socioéconomique et aux entreprises. Et c’est justement, selon lui, ce que le SAES n’a pas compris. Dans son entêtement habituel, il « insulte » en effet toute l’intelligence de l’université, pensant que ses idées sont toujours « infaillibles »! Rien de nouveau sous le soleil du sahel de M. NIANE. Mais trop c’est trop!

Depuis plus d’une décennie au Sénégal, les enseignants –toutes catégories confondues- font l’objet d’attaques, de mépris et de railleries de toutes sortes. Des attaques pas trop souvent savantes et éclairées. Elles viennent soit de discours démagogiques, montés par des politiques incapables de trouver les vraies solutions au système éducatif trop longtemps affecté par mille lacunes et défaillances. Au lieu de mener un débat sérieux, exhaustif et transversal sur la crise qui s’est installée depuis les « Indépendances », ils ne trouvent pas mieux que de prendre les enseignants pour adversaires et les étudiants pour des perturbateurs. En ce qui concerne les enseignants, ils les diabolisent en effet, les peignent comme des « coureurs de sous », les insultent, les mettent en mal contre la société, les menacent, etc.

            Tout a commencé avec le régime sortant! Mais pas sous le magistère bien sûr de l’auguste ministre Moustapha SOURANG, lui, il a de la classe et une belle posture. Il n’est pas de ces ministres renfrognés qui, surpris par leur propre nomination, se mettent dans une logique de tiraillement et de ping-pong en vociférant des insultes « déguisées ». Ces ministres qui parlent avec arrogance, le soupire aux lèvres. Nous voulons dire ces « ministres » parrains de gala de lutte et/ou de « tann beer ». Néanmoins, par son charisme agréable et son verbe soigné, l’universitaire Moustapha SOURANG, lui, diffère des gladiateurs qui, armés de « chiffres » pompeux et caduques mais vides de « qualités », s’acharnent sur les nobles enseignants du Sénégal pour les peindre comme des gens malhonnêtes qui ne font pas leur travail, qui ne posent que des actes motivés par l’argent. Le peuple, ainsi sous informé, ignore royalement les vrais objets du combat de ses enseignants.

            Au Sénégal, depuis quelque temps, la démagogie, la diversion et l’amalgame constituent l’essentiel des discours de nos autorités « détracteurs » des enseignants mais aussi des étudiants, frange vulnérable et agneau sacrificiel de politiciens ignorants. Les ministres chargés de l’Enseignement remportent, malheureusement, la palme d’or en tâtonnement. Lorsque l’un d’eux se cache derrière une « technocratie révolutionnaire » au point de mépriser les sciences sociales et littéraires, un « intellectualisme pauvre » et une « bureaucratie mimétique », voulant appliquer dare-dare des mesures universitaires, qu’il aurait vues de l’autre coté de la barrière (Hexagone) et qui ne correspondent pas du tout au niveau de développement socioéconomique et infrastructurel de notre pays, un autre nous invitait « jadis » à un « sursaut patriotique ». Il ignorait que le « sursaut », en dehors de la gymnastique, exprime une action brutale d’un homme, comme qui dirait, surpris et apeuré par quelque chose. Ensuite, c’est juste un slogan vide de pertinence car le « sursaut » évoque toujours l’idée de violence, de brutalité et l’effet d’engourdissement. « Accélérer la cadence » s’inscrit à cette même logique de brutalité car le mot « accélérer » est aussi un synonyme de « forcer ».

            Nos ministres aiment trop les slogans, déréglés malheureusement. Mary Teuw NIANE ne déroge pas à la règle, avec sa longue dissertation sur sa formule creuse de « gouvernance universitaire !?». Idem pour le slogan wolof polémiste et non avenu de cette année « tiji tay jang’ tay » [littéralement: commencer les enseignements le même jour d’ouverture des classes]. Dans ce Sénégal où beaucoup d’écoles servent désormais de logements provisoires aux familles victimes de pluies torrentielles et hivernales [depuis plus d’une décennie, notre pays peine à résoudre ce petit problème!] et le peuple fêtard tordant le cou au calendrier, ce serait lacunaire de lancer un slogan du genre! Dans ce Sénégal où les universités n’ont plus de calendriers académiques, littéralement, nous ouvrons quand les autres ferment et fermons quand les autres ouvrent, et les sessions d’examen se font depuis quelques temps dans l’arrangement et le style « sauve-qui-peut » -au mépris des étudiants-, on commence à s’habituer à la honteuse grève des professeurs des universités. Quelle honte pour notre pays, quant on ne sait pas respecter ces universitaires qui sont aussi des autorités très respectés dans d’autres pays! Chez nous, on ne donne pas beaucoup de valeurs à l’universitaire car notre rapport au savoir est très mercantile.

            Dans ce Sénégal où la réforme LMD souffre de mille maux (quantum horaire bâclé, manque d’infrastructures, de supports et de professeurs[1], problème de renouvellement des contenus à enseigner, etc.), ce serait vraiment un argument trop simpliste de vouloir mettre toute la responsabilité sur le dos du poids démographique des étudiants. Gouverner c’est prévoir et anticiper, qu’est-ce que notre pays a fait, depuis plusieurs décennies de gestion, pour prévoir le boom démographique dans nos universités? De grâce, que l’on cesse de nous brandir « l’argument fallacieux » du nombre! Doit-on ignorer que le Soudan voisin compte –de source autorisée- plus de 95 universités? Doit-on ignorer que le Nigéria, depuis, 2005, comptait déjà 32 universités? Et le Sénégal, combien d’universités avons-nous? Réponse: 2 (!!!) et 3 grandes écoles (appelées CUR, centres universitaires régionaux: Bambèye, Ziguinchor et « l’université » virtuelle, vraiment « virtuelle » parce qu’invisible jusqu’à maintenant!). Aujourd’hui, toutes les régions du Sénégal devraient loger des universités spécialisées [idée à développer]: il n’existe pas mille solutions et on n’a pas besoin de réinventer la roue. 

Malheureusement, l’autorité opte progressivement, dans une logique capitaliste radicale, de privatiser nos universités tout en les ghettoïsant avec le nombre. Sur ce point, le transfert des bacheliers vers des écoles de formation de la place est une nébuleuse par rapport à laquelle les autorités compétentes doivent éclairer la lanterne des sénégalais…La massification au niveau des filières et disciplines techniques, mathématiques et non littéraires, un quasi favoritisme aveugle appliqué et « théorisé » à volonté par le ministre Mary Teuw NIANE, est, d’une part et dans une certaine mesure, dangereuse pour l’avenir de l’enseignement des séries littéraires et classiques dans notre pays et, contrairement à la prétention démesurée du ministre, elle n’est pas la seule solution possible à la question de l’insertion professionnelle, d’autre part. À moins que notre pays n’opte, avec Mary Teuw NIANE, de ne former que des « primates écervelés » qui ne savent quoi faire de la littérature, de la culture littéraire et des classiques, décidément encombrantes!

La bancarisation « forcée » des étudiants et des enseignants, sans être dépourvus de « bienfaits », explique toujours, au-delà du souci positif d’être en phase avec les exigences techniques de notre temps, la frénésie de nos gouvernants face à l’éternelle                                    « équation »  du nombre, de l’effectif. De toute façon, les enseignants et les étudiants doivent savoir qu’ils seront toujours victimes de l’argument du « nombre » tant que l’autorité n’y voit que du négatif. Pourtant, notre pays est très loin de combler le gap en étudiants (même pas les 2 % de la population) et en enseignants pour espérer l’essor du développement espéré. Interrogez les chiffres et comparez les pourcentages avec l’effectif de la population du Sénégal, pour vous en convaincre. Paradoxe des paradoxes, on n’est pas surpris souvent d’entendre des arguments ignares du genre « les enseignants sont trop nombreux », « Ils aiment trop l’argent », les « étudiants sont violents ».

Pour le premier argument, il faut noter avec désolation l’absence de logique car les enseignants ont presque tous la corde des banques tristement nouée à leurs misérables cous. Plongés dans la précarité et la tyrannie des banques, ils vivent une vraie instabilité financière faute d’argent et de considération. Mais, le comble c’est qu’on oublie que le principe du « nombre » chérit bien les institutions financières qui se chargent de recouvrement de taxes. On ne dit jamais que les enseignants sont nombreux parce qu’ils cotisent en payant une masse énorme par les taxes et impôts! En termes plus simples, les enseignants contribuent efficacement aux renforcements des caisses de sécurité (exp. IPRES, Caisse de sécurité sociale, etc.). Pourtant, depuis des années, le phénomène inquiétant de la « reconversion » des enseignants –qui changent de fonction par voie de concours, de déclassement, d’émigration ou par simple abandon- aurait dû alarmer nos dirigeants politiques et susciter de profondes et sérieuses réflexions. Mais, non, on préfère aborder les problèmes de surfaces (baisse des niveaux, grèves cycliques, surnombre…) sans foncer vers les approches de fond.

Les effectifs des classes dans les écoles et les universités s’agrandissent de plus en plus, hypothéquant et fragilisant la santé des enseignants, des élèves et des étudiants. Pourtant on n’en parle jamais! Ils iront tous au paradis, ces vénérables travailleurs! Au plan scolaire, on passe de 45 (la norme) à 90 ou 110 élèves, jusques y compris dans les salles de terminales, sans oublier le manque de salle de classes et les dangereux « abris provisoires » en pailles, gîtes des serpents et des scorpions. Pourtant, les enseignants s’y ballotent comme de vulgaires dockers. Il y a un manque réel d’enseignants au Sénégal, nonobstant le poids herculéen de charges qu’on nous colle. Les droits des enseignants et des étudiants sont toujours ignorés par les masses populaires. Concernant le deuxième « argument », les enseignants ont raison de « désirer » l’argent car, pour reprendre Henri BERGSON, « on ne désire que ce que l’on manque, le désir est mimétique »; les enseignants sont pauvres si l’on en juge leurs valeurs et leurs efforts. Personne n’a de leçons de             « patriotisme » à leur rappeler puisqu’ils ont, par et pour eux-mêmes, opté de porter les bottes poussiéreuses et le froc de l’enseignant, bravant les risques de la poudre de craie, au lieu de convoiter les bureaux climatisés, parfumés, aux fauteuils en cuir, et connectés à l’internet ou encore les 500000 (salaire-chômé-payé) des femmes d’ambassadeurs ou encore les 1.300.000 ou 900000 [qu’est-ce qu’on en sait!?] de conseillers…nommés par le Président.

            Depuis plus de deux ans, nonobstant l’espoir suscité par le fameux projet de « régime de rupture » du président Macky Sall, les formules génériques n’ont cessées de tomber, par exemple, « toute revendication à incidence financière est irrecevable! », « les étudiants n’ont pas le choix », « les bourses ne sont pas obligatoires », « l’obtention du BAC ne donne pas forcément droit à l’accès à l’université », « les enseignants ne devraient même pas songer à l’argent ». Ces provocations constituent une contradiction et des propos belliqueux auxquels on est habitué depuis le fameux ministre « Kalou » de DIALLO. Patriotique, oui, mais, d’abord, un patriotisme éclairé et fondé sur la justice et l’équité au profit de tous sénégalais. Nous sommes contre un « patriotisme » de « mannequinat politique ». À toutes les autorités qui comptent jouer sur les mots et les discours génériques, nous disons solennellement: ça suffit! On ne construit pas un système par le verbalisme, c’est-à-dire l’art du beau dire!

En matière de politique, nos « politiciens » ont beaucoup intérêt à lire et à relire des théoriciens politiques célèbres comme Régis DEBRAY (sur la magouille politique), Jürgen HABERMAS (sur la manipulation de l’Opinion), Serge TCHAKHOTINE (sur le viol des foules par la propagande politique), Samir AMIN (sur la théorie du chaos), entre autres. Ils apprendront que la manipulation de l’Opinion ne peut pas toujours prospérer. C’est une catapulte qui risque d’emporter, un jour, son artisan. Ils apprendront que c’est la compréhension des différentes métamorphoses profondes qui affectent la « mentalité collective » au plan sociologique, psychologique et matériel qui permet de saisir la profondeur de cette crise et non la politique d’exclusion, de privatisation, de diversion et d’amalgame.

Quand on est imbu de valeurs chevaleresques telles que le sens de l’honneur, la dignité, la modestie et la fierté, il est très éprouvant de voir un homme vouloir éternellement construire un argumentaire autour de quatre mots: démagogie, amalgame, hypocrisie et diversion. Il est temps que les sénégalais comprennent le sens et l’envergure de ces quatre mots. En politique, généralement, c’est ceux-là qui n’ont aucune compétence en matière de conceptualisation et de conception de programmes pertinents et adaptés qui versent dans la polémique par la grande gueule, par le « débat de bas-étage » ou de « rez-de-chaussée », par la logomachie (bavardage terrible et stérile); une autre façon de cacher par ailleurs leurs lacunes.

Aux lendemains du 25 Mars dernier, tous les sénégalais étaient contents, enthousiastes et pleins d’espoir de voir enfin l’émergence d’une nouvelle « race » de politiques qui savent respecter les sénégalais. Des politiques qualifiés et moralement correctes. Des politiques qui ne prennent pas en hottage le peuple pour vivre dans l’opulence perverse. Mais, nonobstant la promesse de rupture tant vantée par le président Macky SALL, il y a un vrai fiasco, du moins, pour ce qui est de la volonté de réformer l’Éducation en général et les mœurs. Dans le cadre de l’enseignement, il y a l’absence d’un vrai dialogue avec les syndicats: un dialogue où on ne pose pas en amont des restrictions et des conditions. Les « assises », on en parle, mais elles sont toujours attendues. Les accords avec les syndicats, depuis 2009, sont toujours négligés par les ministres qui se sont succédés. Le dilatoire s’instaure.

            C’est très triste et déplorable de noter que, par rapport au pouvoir sortant, le gouvernement traine le pas et reprend certaines attitudes qui ont fait sombrer dans l’échec tout un système. À quoi doit servir l’histoire? Hegel a raison: « il n’y a pas de leçons de l’Histoire pour les hommes », les hommes ne savent tirer des leçons de l’Histoire. On a l’impression que le gouvernement n’a pas tiré tous les enseignements de la crise de l’année d’avant l’alternance de l’alternance! On oublie très vite. Ce n’est pas avec des menaces et des pratiques dignes de casernes militaires que les enseignants et les étudiants céderont par rapport à leurs droits et leur dignité. Les enseignants sont de dignes fils du pays, des gens diplômés, avertis et patriotiques et on ne peut pas faire le Sénégal dans le mépris total des étudiants.

Iba FALL


Professeur de philosophie

Écrivain-essayiste

Doctorant ED. ETHOS/UCAD

Ancien président de la SECUD-AEEMS

Adhame_fall@yahoo.fr




[1] Selon l’éminent professeur Abdou Kader NDOYE –chargé de la réforme universitaire-, dans le système (international) LMD, on doit avoir « 1 professeur pour chaque 19 étudiant » (cf. Journal, l’étudiant musulman, 2005). Or, à l’UCAD, pour une population estudiantine « estimée » à –approximativement- 95 mille étudiants- [rappel: la capacité d’accueil initiale et prévue était de l’ordre de 6OOO étudiants], on ne compte pas 2000 enseignants, sans oublier que la majorité ce sont des vacataires démotivés…Je vous laisse faire le calcul par rapport à la norme mondiale LMD.

mardi 10 mars 2015

Barack Obama et ses filles le jour de la Thanksgiving à la Maison Blanche

 de 

LE FROID UN MOMEN FAVORABLE POUR LA PECHE


Le poisson en abondance : les prix chutent
 

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Deux jeunes pêcheurs qui viennent de débarquer
 
Soumbédioune est l’un des quais de pêches les plus importants de la région de Dakar. Un endroit très célèbre, situé à côté du village artisanal de la même localité  et du seul tunnel de la région de Cap-Vert. C’est un point de convergence de nombreux Dakarois pour s’approvisionner en poisson. Dès que vous arrivez sur les lieux, l’odeur des poissons, le bruit des moteurs des pirogues et celui des visiteurs vous accueillent.

Dix-sept heures, c’est l’heure de débarquement des pêcheurs. L’ambiance est très animée, avec une foule énorme qui forme de petits cercles autour des caisses de poissons. Les marchandages vont bon train  entre les pêcheurs et  les « banabanas » (revendeurs) d’une part et de l’autre entre banabanas et les ménagères  venues faire leur marché. Les mouvements de va-et-vient entre les pirogues multicolores alignées sur plus de 200 mètres campent le décor.        

 Contrairement à l’atmosphère générale, la mer est calme ce soir. Il n’y a pas de vagues car  c’est en période de basse marée. Quant aux pirogues, elles débarquent presque chaque minute et d’autres embarquent pour aller passer la nuit en mer. Les pêcheurs sont majoritairement des jeunes qui ont hérité ce métier de leurs parents. Ces derniers sont souvent à la retraite mais continuent de venir passer leur temps au quai.

Assis sous une tente avec ses amis, le vieux Moussa Diop qui fêtera bientôt ses 65 ans a fait toute sa carrière dans ce métier. C’est avec nostalgie qu’il souligne que la pêche n’est plus ce qu’elle était, il y a 30 ans. Selon lui elle ne fait plus vivre dignement  ses acteurs ; cela à cause de l’envahissement de la mer par les bateaux étrangers qui pillent nos ressources maritimes, regrette-t-il.    

Le poisson est l’une des denrées alimentaires de base pour plusieurs Sénégalais, particulièrement ceux de la capitale. Parfois la demande est supérieure à l’offre et parfois c’est le contraire, selon les périodes de l’année ou le climat.

 Vêtu de sa tenue de travail, Amadou Diagne Mbaye un vieux pêcheur explique  qu’actuellement, avec le froid, le poisson est très abondant pour toutes les espèces. Quand il fait froid, ils migrent  vers les côtes. C’est le moment de leur reproduction aussi. Cela fait que le travail est plus facile.

Parmi les poissons les plus recherchés par les consommateurs, figure le « thiof » qui est l’idéal pour faire un bon  « thièbou Dieune » (riz au poisson).

 Monsieur Mbaye affirme qu’ils n’arrivent même pas à  vendre tout le poisson entre leurs mains. Parfois « nous les versons par terre ou on les bazarde avec des prix dérisoires » car l’offre est largement supérieure à la demande.

Il demande à l’Etat de mettre en place des structures de conservation car on ne peut pas comprendre qu’il y ait des moments où on jette le poisson à la mer et d’autres où on peine à satisfaire la demande nationale.

Si les conditions climatiques favorisent l’abondance des ressources halieutiques, les pécheurs sont par contre unanimes pour dire que leurs conditions de travail sont très difficiles en cette période. Devant sa pirogue le pantalon mouillé jusqu’aux genoux, Moussa Sarr vient de débarquer. Il a passé toute la journée en mer. Le jeune trentenaire le seul problème actuellement c’est le climat car passer la nuit en mer est très dure. Il fait extrêmement froid, il arrive même qu’ils tombent malade car être en contact permanent avec l’eau n’est pas bon pour la santé.

Les mareyeurs  de même que les consommateurs sont satisfaits de l’approvisionnement du marché qui permet de diminuer les prix et d’écouler rapidement les produits. Ndeye Gueye une revendeuse de petite taille est entourée de ses clients ils discutent, elle vante la qualité de ses produits. Elle expose ses poissons en tas de six qu’elle vend à 1000 franc CFA. Selon elle les prix sont très abordables à ce moment comparé à certaines périodes de l’année.

De teint clair, Mme Diouf venue faire son marché confirme la baisse des prix et souhaite que ça continue « nous constatons actuellement des baisses considérables Dieu merci, j’ai acheté la caisse de poissons à 14 000 francs CFA alors qu’elle peut couter parfois jusqu’à 20 000 f CFA» lance-t-elle.

Le  « Thiéboudieune » ou riz au poisson considéré par de nombreux Sénégalais comme le premier plat national dépend souvent des aléas climatiques pour faire un bon repas de midi.

                                                                            Lefouta 24

 

jeudi 19 février 2015

La Francophonie: un instriment de puissant pour la France

Photo de famille des chefs d'Etats et de gouvernements de l'OIF à Dakar
La capitale sénégalaise a abrité le quinzième sommet de la Francophonie les 29 et 30 novembre 2014. Le premier sommet des chefs d’Etats et de gouvernements de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a eu lieu en France à Versailles en 1986 à l’initiative du président français François Mitterrand. Les participants retiennent entre autres domaines de coopération : « le développement, les industries de la culture et de la communication, les industries de la langue ainsi que le développement technologique accouplé à la recherche et à l’information scientifique ». Mais réellement qu’est-ce que la Francophonie ? Quelle est son utilité notamment pour les pays africains majoritaires au sein de l’organisation ?

Dès qu’on parle de Francophonie on pense automatiquement à la France,  mère de la langue française, qui représente l’identité commune de l’organisation. Cette langue qui a été imposée à la plupart des pays par la colonisation est un des moyens essentiels pour la France de maintenir son statut de  puissance mondiale. Aujourd’hui, la communauté francophone est majoritairement composée d’africains au moment où les grandes décisions et orientations de l’organisation sont imposées par la France comme l’illustre bien l’élection de Michael Jean à la tête de l’OIF.

La France qui fut une grande puissance impérialiste aux XVIII et XIXème siècles compte la rester et cela grâce à la langue française et au Franc CFA. Avec la mondialisation,  selon Michel Guillou auteur du Manifeste pour la langue française et la Francophonie « Il est maintenant admis que la langue française et la Francophonie perdent du terrain (…). Fait aggravant, une partie de l’élite française cherche son modèle ailleurs, considérant le sien comme dépassé et incapable d’inventer l’avenir (…). La France ne semble plus croire à l’universalité de sa langue ».

C’est pourquoi, on ne peut pas comprendre la position des pays africains francophones défendant une organisation qui depuis sa création ne leur a rien apporté sur le plan économique, social, politique et culturel. Malheureusement, ces Etats qui n’ont rien compris dépensent leurs énergies et leurs maigres ressources pour accroitre le prestige de l’ancien colonisateur qui lui-même ne croit plus à sa propre langue. Par exemple il est incompréhensible qu’un pays comme le Sénégal dépense presque 100 milliards de francs CFA pour l’organisation d’un sommet de deux jours. Cet argent aurait permis la construction d’une nouvelle université pour satisfaire la demande de l’enseignement supérieur.

L’Etat est obligé depuis 2013 de subventionner la formation de nouveaux bacheliers dans les universités privées. Paradoxalement à deux pas du centre de conférence d’Abdou Diouf, se trouve le chantier de l’Université  Future Africaine (UFA) qui compte déjà quatre bâtiments géants dont il ne reste que la finition. Les 76 milliards ou plus, c’est selon les sources qui ont permis le financement de ce centre, pouvaient achever ce chantier et doter Dakar d’une deuxième université au lieu d’attendre celle promise par le régime de Macky Sall (Unidak2).  Malheureusement, ces bâtiments risquent de se dégrader car depuis le départ des taïwanais en 2006, l’Etat ne parle plus de ce projet.

Selon l’OIF, l’Afrique compte le plus grand nombre de Francophones dans le monde. Mais peut-on qualifier les populations des  anciennes colonies françaises de francophones? Par exemple dans notre pays, on estime que 15% de la population seulement parle français. Comment peut-on alors qualifier les sénégalais de francophones ?  Aujourd’hui beaucoup d’africains défendent l’enseignement des langues locales comme l’illustre bien l’introduction des langues nationales dans les écoles primaires au Sénégal.

Après le sommet de Dakar, on parle maintenant de la francophonie économique. L’essentiel des membres de l’OIF sont des pays pauvres ou en voie de développement. Pour réaliser ce projet économique, le Canada et la France doivent être les moteurs. Le Canada n’est intéressé par la Francophonie que pour assurer sa cohésion nationale et satisfaire sa province francophone du Québec où on note parfois des velléités d’indépendantismes par rapport au reste du pays anglophone.

La France quant à elle, est en perte de vitesse dans tous les domaines. Elle compte actuellement plus de 3 millions de chômeurs et est en crise économique depuis 2008. Malgré cela, les gouvernements africains francophones continuent de se ranger derrière  ce pays qui ne compte que sur eux pour se faire entendre au sein de la communauté internationale. En contrepartie, elle ferme ses frontières aux étudiants et ressortissants de ces nations comme disait Sarkozy, «  la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » ou le Circulaire Gueant qui fixait un nombre bien déterminé d’étrangers à renvoyer de chez eux chaque année.

Le Franc CFA aussi constitue une absurdité inexplicable dans l’espace francophone d’Afrique car on ne peut pas comprendre comment ces Etats ont pu conserver cette monnaie de domination coloniale. Selon Sanou Mbaye banquier et chroniqueur au Monde Diplomatique, « le maintien du franc CFA a créé un environnement économique impropre à toute stratégie de développement (…) les règles qui régissent la zone franc doivent donc être réformées en profondeur. D’abord, l’abolition de la convertibilité du franc CFA est un préalable au décollage économique ». Cette situation est d’autant plus incompréhensible que la France elle-même a abandonné le Franc français au profit de l’Euro pour des raisons économiques alors que les pays membres de la zone CFA n’osent même pas reprendre le contrôle de cette monnaie aux mains des français ou créer une autre qu’ils géreront eux-mêmes.

 Il est temps que les africains, surtout ceux francophones ouvrent les yeux et regardent la réalité en face.

                                                                                                                         Abdourahim Barry