lundi 18 avril 2016

CRISE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR: Le Recteur fait le procès de l’Ucad

La crise du Système éducatif est très complexe et profonde. Pour trouver des solutions à ce problème qui n’a que trop duré, le Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar estime que le contenu des enseignements dans nos universités est depuis longtemps dépassé, d’où la nécessité des réformes.

Professeur Ibrahima Thioub

   ‘’Apprendre en travaillant’’, c’est la vision qu’a le Recteur de l’Ucad, de son institution. Animant une conférence sur le thème ‘’vision et défis de l’Ucad’’, le professeur Ibrahima Thioub a fait un diagnostic sans complaisance de l’Université. Ce qu’on retient de cette rencontre organisée par la Coordination des étudiants catholiques de Dakar, à l’église Saint Dominique, c’est qu’une réforme du système éducatif en général et l’université en particulier s’impose. Ainsi le recteur Thioub a touché à tous les maux de son établissement. Selon lui, malgré la multiplication des collèges et lycées de proximité, l’Ucad continue de procurer un enseignement classique. La prolifération de ces établissements scolaires n’a pas été suivie par une formation d’un personnel enseignant de qualité. Ce qui a comme conséquence une baisse drastique du niveau des bacheliers qui arrivent à l’université.
Un autre problème soulevé par le conférencier est le contenu des cours qu’on dispense dans nos universités. Il est pratiquement en déphasage avec les besoins du marché. Il estime qu’aujourd’hui, l’enseignement doit répondre à des questions concrètes et non théoriques. ‘’On enseigne comme si tous les bacheliers devaient aller jusqu’à soutenir une thèse de doctorat. Nous continuons à rassembler des milliers d’étudiants dans des amphis carrelés sans jamais mettre la main à la pâte. Il faut allier formation théorique et pratique’’, a dit l’historien. Convaincu que l’université doit aider à régler des problèmes concrets qui se pose à la société, il rassure que les réformes entreprises depuis quelques années vont dans ce sens. Il pense que seule la professionnalisation de la formation à l’université avec de bons chercheurs peut résoudre les nombreux problèmes dont souffre l’Ucad.
‘’Le taux de réussite au premier et second cycle tourne autour de 30%. Entre 60 et 70% des bacheliers entrent et sortent de l’université sans aucune qualification, ni diplôme. Il ne faut pas dire que le niveau de nos bacheliers est faible et qu’ils doivent échouer, mais leur chercher une formation adéquate, adaptée, à courte durée, leur permettant de travailler’’, a-t-il rappelé pour souligner l’état préoccupant de l’Ucad.
                                                     ‘’Haro sur le xar màtt’’
Dans un contexte de crise du système éducatif, de l’élémentaire à l’université, Ibrahima Thioub estime que les causes sont nombreuses et profondes. Selon lui, tout est parti avec l’élimination des écoles normales supérieures qui formaient des instituteurs d’excellent niveau et les ajustements structurels qui ont en drainé des recrutements clientélistes et d’enseignants non formés. Ce manque de formation continue jusqu’à présent dans les établissements d’enseignement supérieur.
Il estime que ceux qui enseignent dans le supérieur doivent être formés au même titre que ceux qui interviennent au niveau scolaire. Il a aussi déploré ce qu’il appelle le manque d’effectivité des enseignements. ‘’Il y a beaucoup d’enseignants qui sont coupés entre le privé et le public à travers le fameux ‘’xar màtt‘’, ce qui ne contribue pas à l’amélioration de la situation’’, dénonce le Pr Thioub. Dans cette liste non exhaustive des maux de l’Ucad et l’enseignement en général, les syndicats jouent un rôle capital. Selon l’enseignant, la multiplication des syndicats et la banalisation de la grève a fini de mettre au chaos le système éducatif à tous les niveaux. Il pense que la grève doit être une bombe atomique des enseignants. Autrement dit, elle (la grève) doit être utilisée en dernier recours.
 Malgré ces nombreuses difficultés, le Recteur a invité les étudiants à garder la confiance envers l’Ucad qui est la première université francophone au sud du Sahara. Il y a plusieurs projets pour renverser la situation actuelle. Il a conclu son propos en s’adressant aux étudiants en ces termes : ‘’Soyez fiers de votre université car elle est la seule au monde qui a formé 4 chefs d’Etat et qui ont exercé en même temps le pouvoir (Michel Kafando, Macky Sall, Thomas Yayi Boni et Ibrahima Boubacar Keïta).          
                                                                                                                  Abourahim Barry 

mardi 12 avril 2016

CARTE POSTALE: Djilor dévoile ses mystères

Djilor, localité mythique dans le Sine, et véritable lieu de naissance de Senghor, exhale le parfum envoûtant du royaume d’enfance. Reportage.

Arrivé à Ndiosmone sur la Nationale 1, le visiteur prend la route à droite. Elle mène vers un endroit assez particulier. Le ‘‘royaume d’enfance’’ du premier président du Sénégal indépendant. Sous un soleil de plomb, le bus parcourt la « savane ». Au milieu d’un paysage jaunâtre, symbole de la saison sèche, on croise des troupeaux de ruminants par endroits à la recherche de pâturages.
Dans ce milieu quasi-désertique, les plantations d’anacarde et de manguiers surgissent comme des oasis. Après le long et difficile voyage, voilà que Djilor se découvre. Un grand village perdu au milieu de l’ancien royaume du Sine. Des palissades en tiges de mil et les cases en paille contrastent avec les bâtiments en dur. Ici, la modernité côtoie la tradition avec notamment l’accès des populations à l’eau et l’électricité.
Situé dans la région de Fatick au bord du bras de mer du delta du Sine Saloum, Djilor offre un paysage magnifique. Les principales activités de cette localité, comme toute la zone du reste, sont l’agriculture, la pêche et le tourisme.
Contrairement à beaucoup de zones touristiques, Djilor connaît un léger mieux, sauf pour les petits exploitants. Selon les acteurs sur place, les petits hôtels et les campements rencontrent quelques difficultés « Ça va mieux par rapport à l’année dernière. Mais on n’est pas toujours sorti d’affaire.  Je pense que le contexte n’est pas bon pour les hôteliers. On sent qu’il n’y a pas une politique favorable pour les hôteliers ou les touristes parce que, pour les mêmes prix, les gens vont au Maroc. Et là-bas, ils ont une qualité de service trois fois meilleure que chez nous », explique Mme Bèye gérante d’un campement. Selon elle, les grands établissements par contre ne se plaignent pas.  
Une visite de Djilor et de ses environs permet de mieux comprendre cette localité riche en histoire et symboles. Avant de commencer, notre guide précise que Djilor est le lieu de naissance du plus célèbre des poètes sénégalais, Léopold Sédar Senghor, contrairement à l’histoire officielle. « Senghor est né ici le 15 août 1906, mais il a été déclaré à Joal, lieu où son père avait un domicile », précise Djibril Faye.  Quand il raconte l’histoire du village natal du poète, on a l’impression d’écouter un conteur émerveillé. Ici, l’animisme côtoie le christianisme et l’islam. Selon notre guide, la majeure partie des croyants, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, restent profondément ancrés dans leur croyances et pratiques animistes. « On trouve des cimetières et familles mixtes de catholiques et musulmans », lance Djibril.
A une heure de pirogue, nous voilà au village de Simal que chantait le fils de Diogoye. « Sur un rônier de Katamaguej’entends déjà les pilons de Simal », disait-il.  En visitant cette zone du Sine, on découvre combien l’ombre du Président-poète continue de peser sur l’histoire de toute une région. Pour rendre hommage à l’illustre fils du terroir, des stèles sont érigées en sa mémoire. Sur chacune d’elles, l’on peut lire des extraits de ses poèmes qui parlent de ce lieu qui l’a tant inspiré.
« Joal, je me rappelle »
 Au bord de l’étendue d’eau à perte de vue, se trouve une petite forêt très dense. Au milieu de ce bois sacré, entre le « puits des circoncis » où se fait l’initiation des jeunes Serères et les génies protecteurs que sont les géants fromagers, se trouve un sanctuaire islamique. À 5 mètres du bras de mer, un puits qui contient de l’eau douce et qui n’a « jamais tari depuis qu’El Hadji Oumar Foutiyou Tall a bu de son eau ». C’est lors de son passage ici qu’il a converti beaucoup d’animistes. Sa famille et ses disciples viennent encore y effectuer le pèlerinage. « Il y a des arbres protecteurs, même s’ils tombent personne, n’ose les toucher. « A Djilor, un serpent ne tue jamais une personne, et c’est connu de tout le monde », explique Djibril.
Pour clôturer notre visite, nous voilà à la maison natale de Senghor. Transformée en musée, elle garde son architecture initiale, malgré les nombreuses réfections. «Les bâtiments construits à l’époque par son père témoignent de sa descendance bourgeoise. Le fils de Diogoye Basile Senghor et de Gnilane Bakhoum est né ici et non à Joal », explique M. Diouf. Diogoye fut un riche commerçant moderne qui fréquentait les colons. A cause de ce statut dont il usait et abusait, il faisait peur à Djilor. Marié à 5 femmes, il avait 41 enfants. Dans son poème intitulé « Le retour de l’enfant prodigue », Senghor écrivait : « Vive la faillite du commerçant. (…) Je brûle le séco, la pyramide d’arachides dominant le pays. » Ces vers, selon le guide en éco-tourisme, sont la preuve de sa révolte contre les pratiques de son père qui abusait de sa puissance. Après cette visite au royaume senghorien, on peut dire que ce n’est pas par hasard que l’homme de culture est devenu poète. Le célèbre vers : « Joal, je me rappelle » aurait pu être, Djiolor je me rappelle. »  

                                                                                                                  Abdourahim Barry    


vendredi 18 mars 2016

PRESSE: Le constat alarmant du président du Cedps

Les entreprises de presse au Sénégal ne sont pas toutes viables économiquement, selon Mamadou Ibra Kane. L’administrateur du groupe Africome estime que la majorité d’entre elles sont confrontées à un problème de management et le traitement des journalistes reste à désirer.  
 Les patrons de presse ne sont pas des exemples, en matière de traitement des employés. C’est le constat de Mamadou Ibra Kane, nouveau président du conseil des éditeurs et diffuseurs de presse du Sénégal (Cedps), par ailleurs administrateur du Groupe Africome. Invité du carrefour d’actualité organisé par le Centres d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) hier, sous le thème : «Entreprises de presse au Sénégal : difficultés et perspectives », il a soulevé beaucoup de problèmes. En plus de ne pas apprécier le traitement des journalistes dans les médias. Selon lui, l’une des premières menaces qui pèsent sur les entreprises de presse est le mauvais traitement du personnel des médias.
« Certaines entreprises de presse se donnent beaucoup de libertés pour ne pas respecter leurs obligations. Elles ne payent pratiquement pas les journalistes. Ces derniers n’ont aucun plan de carrière, ni une sécurité sociale, encore moins une cotisation de retraite. Il y a un grand organe dans ce pays qui, depuis des années, ne paye pas de salaires », a dénoncé le patron du Journal Stade devant les journalistes en herbe. Cette précarité, a-t-il ajouté, ouvre la voie à toutes les dérives qui menacent le métier de journaliste.
Interpellé sur la menace internet sur la presse écrite, il a soutenu, contrairement à beaucoup d’analystes, que c’est plutôt une chance. Pour lui, le journalisme existera toujours, même si c’est sur un autre support. Parmi les problèmes évoqués par M. Kane figure en grande partie le management des entreprises de presse. « Nous avons toujours eu de bons journalistes dans ce pays, mais pas de bons manageurs. Etre un bon journaliste ne veut pas dire être un bon manager », a-t-il rappelé. Le chef d’entreprise a aussi pointé du doigt l’Etat.
A son avis, ce dernier manque de politique pour soutenir la presse. A en croire M. Kane, en France par exemple, de la même manière que l’Etat subventionne la presse publique, il le fait aussi pour le privé. A ceux qui soutiennent que l’aide à la presse, dans notre pays, joue ce même rôle, il rétorque qu’il est contre cette somme donnée chaque année aux patrons des médias. « Moi, depuis des années, je milite pour la suppression de l’aide à la presse qui est distribuée de manière politique. Elle est gérée par le ministre de la Communication qui distribue, selon sa volonté », a-t-il regretté.
Son co-débatteur, le directeur général du quotidien national le Soleil, Cheikh Thiam, par ailleurs secrétaire du Cedps, a abondé dans le même sens. Comme M. Kane, il estime que la viabilité économique des entreprises de presse pose problème. Selon lui, il faut aujourd’hui réinventer le modèle économique. « Avec la montée en puissance de l’Internet qui est devenu un concurrent très sérieux, il faut s’adapter ou périr », a dit Cheikh Thiam aux futurs journalistes. Malgré les difficultés, les débatteurs ont estimé que notre presse a beaucoup de mérite. Comparé à beaucoup de pays en Afrique, notamment ceux francophones, le Sénégal occupe une place enviable.
Sur un autre volet, Mamadou Ibra Kane a affirmé qu’il y a des lobbies qui tentent d’infiltrer la presse. Mais malgré cette tentative, selon lui, elle reste républicaine et joue un rôle social très important. « La presse sénégalaise est le premier tirage en Afrique de l’ouest francophone. Donc, d’une manière globale, les médias doivent être appréciés positivement », a conclu le président du Cedps.        
                                                                                                                 Abdourahim Barry 

mardi 1 mars 2016

240EME ANNIVERSAIRE DE LA REVOLUTION DU FOUTA: Les Sénégalais invités à s’inscrire à l’école de Thierno Souleymane Baal

Peu connue des Sénégalais, la révolution du Fouta fut comparable à celles qui se sont déroulées en Europe et aux États-Unis au 18ème siècle. Les historiens invitent aujourd’hui les populations à revisiter ce patrimoine immense de notre histoire pour une meilleure gouvernance.
 En citant les révolutions qui ont eu lieu dans l’histoire humaine, on n’entend presque jamais citer celle du Fouta. Une révolution au Sénégal ? Oui ! Peu connue des Sénégalais, la révolution du Fouta Toro menée par Thierno Souleymane Baal est l’une des ‘’plus belles’’ que le monde ait connue. Dans un contexte de crise des valeurs démocratiques, plusieurs historiens sont unanimes pour dire que la démocratie a existé au Sénégal avant même les pays occidentaux. Lors de la cérémonie de commémoration des 240 ans de sa disparition, le mercredi passé à l’Ucad, les historiens sont revenus sur la vie et l’œuvre de cet homme de référence.
Selon le professeur Iba Der Thiam, Thierno Souleymane Baal est l’une des personnalités les plus emblématiques de notre histoire malheureusement très peu connue. Il soutient que la démocratie s’est installée dans notre pays avant la révolution française du 1789. ‘’Quand il instaurait la démocratie au Fouta, l’Europe était dans une guerre pitoyable et personnalisée’’, a rappelé le dirigeant du projet de la réécriture de l’histoire générale du Sénégal. Le professeur Thiam invite notre pays à faire de Thierno Souleymane Baal un porte-étendard pour montrer aux autres que la démocratie a existé en Afrique bien avant.
Qualifiant l’homme d’exceptionnel, l’ancien ministre de l’éducation demande à l’Etat  d’introduire dans les programmes scolaires l’histoire du fondateur du régime des Almaamiyats au Fouta. Mettant en place un régime théocratique fondé sur la démocratie et l’égalité, Thierno Souleymane Baal mit ainsi fin à la domination des Deynianké qui opprimaient le peuple foutanké. Selon Iba Der Thiam, dès sa victoire sur ses adversaires, le chef de guerre et religieux refusa d’exercer le pouvoir pour montrer l’exemple.
‘’Sa décision de ne pas exercer le pouvoir après la victoire est une leçon qu’il a donnée à toute l’humanité car au même moment, il y avait une lutte impitoyable pour le pouvoir en Europe. Dès 1776, il avait instauré une justice avec des possibilités de faire des recours si on n’était pas satisfait d’un jugement. Il a mis en place l’école gratuite bien avant Jules Ferry. Quand il dit que si vous élisez l’imam, contrôlez-le pour voir s’il ne s’est pas enrichi de façon illégale, il avait posé la question de l’enrichissement illicite’’, a-t-il expliqué devant un public venu très nombreux assister à la rencontre.
Très en verve, l’historien et  député à l’Assemblée nationale soutient que Thierno fut un modèle achevé de démocrate dont nos dirigeants actuels doivent s’inspirer. ‘’En décidant de s’attaquer à l’esclavage, il a posé un acte de grandeur nature. Il a rompu avec la royauté en changeant les institutions. Il a instauré la première République noire. Contrairement à ce qu’on dit, Haïti et la République Lébou ne sont pas les premières’’, a rappelé le professeur agrégé en histoire.
Organisé par le Groupe de recherche et d’études du patrimoine intellectuel sénégalais (Baa Joordo), la rencontre a enregistré la présence de plusieurs personnalités : politiques, étudiants et universitaires. Intervenant suite à la projection d’un film ‘’Sur les traces du leader du Fouta, Thierno Souleymane Baal’’, le professeur Ibrahima Thioub lui, a axé son propos sur les limites de la révolution Torodo. Tout en qualifiant cette dernière de l’une des plus merveilleuses que le monde ait connue, il estime qu’elle a été détournée de son objectif.
‘’Il était parti sur une utopie égalitaire. Mais l’une des limites est que le mouvement Torodo qui était un parti politique où tous les musulmans étaient égaux, est devenu une caste au-dessus de toutes les autres après la disparition du révolutionnaire’’, a expliqué le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Une autre limite est, selon lui, le fait qu’après l’instauration de la démocratie au Fouta, les révolutionnaires n’aient pas pu exporter leur modèle partout dans le Sénégal. ‘’L’œuvre de Thierno Souleymane Baal s’inscrit dans la seconde moitié du 18èmesiècle. C’est le moment où la traite Atlantique a atteint son apogée. Le régime « Ceddo » des Deniankés et celui du Cayor étaient très impliqués dans la traite des esclaves. Au moment de la victoire en 1776, il y avait la révolution américaine et plus tard celle française de 1789’’, a dit l’historien pour dire que nous n’avons rien à envier aux autres.
Le président du Groupe Baa Joordo initiateur de la rencontre affirme que l’objectif est de montrer que l’Afrique n’a pas toujours été derrière. Elle a participé à la production du savoir et à l’invention. ‘’Nous voulons montrer que l’Afrique a compté dans le passé et comptera dans l’avenir’’, a conclu le professeur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis dans un concert d’applaudissements.
Recommandations de Thierno Souleymane Baal  
Thierno Souleymane Baal encourageait et parlait à son armée en ces termes : la victoire est dans la persévérance… Je ne sais pas si je sortirai de cette guerre vivant. Toutefois, je vous recommande, si je ne suis plus de ce monde :
1°) de rechercher, pour assumer la fonction d’Almaami, un homme désintéressé, qui ne mobilise les biens de ce monde ni pour sa personne ni pour ses proches ;
2°) si vous le voyez s’enrichir, démettez-le et confisquez les biens qu’il a acquis ;
3°) s’il refuse la démission, destituez-le par la force et bannissez-le ;
4°)   remplacez-le par un homme compétent quelle que soit sa lignée ;
 5°) veillez bien à ce que l’Almaamiyat ne soit jamais héréditaire ;
6°) n’intronisez qu’un méritant.                                                     
                                                                                                ABDOURAHIM BARRY   

mercredi 10 février 2016

CARICATURE DE SERIGNE TOUBA PAR JEUNE AFRIQUE: Les mourides exigent l’interdiction du magazine au Sénégal

Après Touba le vendredi dernier, la communauté mouride de Dakar est descendue dans la rue ce samedi pour dénoncer la caricature de leur Cheikh. Dans une manifestation gigantesque, les talibés de Bamba réaffirment leur attachement au fondateur du mouridisme et déclarent Jeune Afrique persona non grata.

Un pick-up rempli de haut-parleurs devant le portail de la mosquée Masalikoul Djinane. Un homme tient le micro. Il crie ‘’Dieureudieufé’’ (merci Ndlr) Serigne Touba. La foule répète en pointant les doigts vers le ciel. En un temps record, la route qui relie le lieu de culte à la place de l’Obélisque est noire de monde. Hommes, femmes, jeunes et surtout les talibés de Bamba ont répondu massivement à l’appel à manifester lancé par leur guide religieux. Et contre toute attente, l’on n’entend pas de slogans anti Jeune Afrique, le journal qui a caricaturé le fondateur du mouridisme occasionnant l’indignation de cette communauté. Les disciples de Khadimoul Rassoul ont plutôt  choisi de répondre aux attaques par le mépris en réaffirmant leur attachement à leur marabout.
Ils brandissent ses portraits et ceux de ses fils et récitent les ‘’khassaides’’  (textes écrits par leur guide). On pouvait lire sur une pancarte : ‘’Je respire Serigne Touba’’. Sur une autre : ‘’J’appartiens à Serigne Touba’’. Ou encore ‘’Touche pas à Bamba’’.
15 heures et demie, les haut-parleurs donnent l’ordre de rejoindre la place de l’Obélisque. Des dizaines de scooters ouvrent la voie dans un concert de klaxons et de chansons religieuses. Une marée humaine envahit la route pour rejoindre la place mythique de Colobane. Des jeunes galvanisés et déterminés à défendre leur Cheikh distribuent des sachets d’eau gratuitement sous un soleil de plomb. D’autres passent derrière pour les ramasser après que leur contenu a été vidé. Les manifestants montrent une discipline exemplaire sous le regard attentif des forces de l’ordre. Ce comportement n’est pas une surprise car ‘’mouride dày dégg ndiggël’’ (le mouride respecte la consigne de son marabout Ndlr). Dans cette marche de protestation, la consigne du Khalife Général des mourides était claire : ‘’Il faut marcher dans la discipline sans rien casser.’’ ‘’Jeune Afrique a touché à  notre cohésion sociale. C’est une bêtise humaine qui n’apporte rien au débat. Il y a des choses qui échappent à la liberté des gens. En France, on ne peut pas remettre en cause l’holocauste’’, déclare Moussa Tine l’ancien président de l’Entente Cadak-car. Comme lui, plusieurs hommes politiques et intellectuels étaient présents.
Une fois sur le lieu de destination, la place est déjà remplie de monde. Malgré les milliers de personnes présentes, les gens continuent de venir de tous les horizons. Les fervents mourides alternent slogans à la gloire de leur guide spirituel et la profession de foi musulmane. ‘’Dans ce monde, il y a deux choses : le bien et le mal. Mais aujourd’hui, nous sommes en face des forces du mal ‘’, lance un vieux. Tout de noir vêtu, chapelet à la main et une écharpe attachée au niveau de la hanche, il affirme que lui et ses condisciples n’ont que Serigne Touba. Assise à même le sol, un foulard sur la tête et portant des lunettes transparentes, Sokhna Fatou Ndiaye de renchérir : ‘’Je suis là parce que je suis une talibé. Ces caricatures me font mal. Des gens de bien ne feraient jamais des choses pareilles’’. Un homme brandit une pancarte sur laquelle on pouvait lire : ‘’Expulsion définitive de Jeune Afrique du Sénégal.’’
Représentant du Khalife général Cheikh Sidy Mactar Mbacké à Dakar, Mbackyou Faye l’a clairement dit. Dans une déclaration devant la foule, il demande aux autorités d’interdire l’entrée et la vente du magazine au Sénégal. Selon lui, liberté de presse rime avec paix. Elle ne signifie pas dire tout ce que l’on veut. ‘’Toute personne qui veut ternir l’image de Serigne Touba passera sur nos cadavres.  Nous lançons un appel aux autorités de ce pays qui ont bien réagi face à cette offense de Jeune Afrique, d’interdire la vente de ce journal dans notre pays. Nous ne voulons plus qu’il entre au Sénégal. Les excuses sont trop faciles. Ils nous insultent ensuite ils s’excusent ‘’, lance-t-il à la foule surexcitée. Sur un ton menaçant, il ajoute : ‘’Nous condamnons jusqu’à la dernière énergie cette publication. Nous manifestons notre indignation. Enfin, cette mobilisation est un avertissement à quiconque s’attaquera à notre Cheikh.’’
Mbaye Ndiaye : ‘’JA est un journal satanique et mécréant’’
Les hommes politiques aussi ont répondu présent. Qu’ils soient du côté du pouvoir ou de l’opposition, ils sont unanimes sur la question : ‘’Jeune Afrique a bafoué l’une de nos références nationales’’. Le ministre conseiller Mbaye Ndiaye, sur un ton agressif, dénonce ce qu’il qualifie d’agression. ‘’Nous nous sentons agressés par ce journal satanique. Ce n’est pas une affaire de l’Etat. Chaque sénégalais doit s’interdire lui-même Jeune Afrique car c’est un journal mécréant’’, déclare l’ancien ministre de l’Intérieur. Pour lui, il fallait s’y attendre. ‘’Après les agressions contre le Prophète PSL, c’est Serigne Touba qui devait suivre car il est l’un de ses plus fidèles compagnons même s’ils n’ont pas vécu la même époque.’’
Beaucoup de manifestants estiment que c’est la paix dans le monde qui est menacée. Pour sa part, le député à l’Assemblée nationale, Imam Mbaye Niang, soutient : ‘’Il faut qu’on respecte les gens pour que l’humanité vive en paix. Cheikh Ahmadou Bamba ne mérite pas ça. C’est une personne qui a passé toute sa vie à construire des mosquées et à enseigner le Coran.’’
Après la lecture de la déclaration de Mbackyou Faye, les disciples mourides retournent à la Mosquée Masalikoune Djinane pour une séance de prière. Et un dernier message à l’endroit de Jeune Afrique : ‘‘Plus jamais ça !’’ 
                                                                                                            ABDOURAHIM BARRY 

mercredi 23 décembre 2015

PAPE DIOUF SUR L’AFFAIRE LAMINE DIACK: ‘’Le Monde nous apprend des choses que Lamine Diack a de toute façon dites’’


De passage à Dakar, l’ancien président de l’Olympique de Marseille Pape Diouf en a profité pour se prononcer sur l’actualité sportive. Il estime que l’affaire Lamine Diack est très troublante et triste pour une personne que tout le monde adulait.
 L’ancien président de l’Olympique de Marseille, Pape Diouf, estime que les révélations du Journal Le Monde sont troublantes. Invité hier à s’entretenir avec les étudiants du Centre d’étude des sciences et techniques de l’information (Cesti), dans le cadre des ‘’carrefours d’actualité’’, il estime que les propos attribués à Lamine Diack viennent vraisemblablement de lui.
‘’Effectivement, Le Monde nous apprend des choses que Lamine Diack a de toute façon dites. Il faut savoir quand un journal fait référence à des procès-verbaux (PV), c’est comme une interview enregistrée. Ce sont des propos que la personne a tenus et signés ‘’, a-t-il précisé. Selon lui, cette deuxième affaire a été troublante pour tous ceux qui ont de l’amitié et de l’admiration pour l’ancien président de l’IAAf. Pape Diouf déclare : ‘’Pour ma part, j’avoue que je ne suis pas dans les conditions requises pour avoir toutes les informations. Mais à la lueur des éléments fournis par Le Monde, oui il y a de la matière à se poser des questions sur la culpabilité de Lamine Diack. Jusqu’ici, j’étais, comme la majorité des gens, très prudent sur la ligne de conduite à adopter, mais aujourd’hui je suis un peu plus inquiet pour lui.’’
L’affaire Lamine Diack semble avoir ému tout le monde. Et aux yeux de l’ancien président de l’OM, c’est un coup de tonnerre qui s’est abattu sur tous les amis et admirateurs de l’ancien maire de Dakar. Interpellé sur l’attitude que la presse sénégalaise a adoptée et que certains jugent trop favorable, il répond : ‘’Moi-même quand j’ai eu l’information en France, d’abord la tristesse m’a gagné puis l’étonnement. Voilà un homme que nous tous adulions par rapport à son parcours, à tout ce qu’il a eu à représenter. Subitement il est sous le feu des projecteurs judiciaires de manière où l’infamie n’est pas très loin. Evidemment pour nous tous, le coup était difficile à encaisser. Il fallait comprendre avant de traiter ce qu’on peut appeler une information mastoc.’’
Dans une salle pleine à craquer, le  Marseillais a été soumis à toutes les questions possibles. Parallèlement au traitement des médias sénégalais, il s’est prononcé sur celui de la presse française pointée du doigt par certains compatriotes de l’accusé. Sur cette question, M. Diouf s’est voulu clair : ‘’Dire que la presse française a voulu faire du tort ou éclabousser le pouvoir au Sénégal, je pense que c’est une position exagérée. Je connais beaucoup de journalistes du Monde avec qui je collabore souvent comme les deux auteurs de l’article. Ils se sont spécialisés en matière de faits divers. Ils mènent généralement des enquêtes assez rigoureuses. Quand on parle de Lamine, n’oubliez pas qu’en France, la presse n’a jamais épargné la classe politique. Tout dernièrement, un ancien président de la République a fait l’objet de mise en examen en l’occurrence Nicolas Sarkozy’’, a-t-il expliqué aux journalistes en herbe. Poursuivant son argumentaire, Pape Diouf soutient qu’on ne peut pas quand même dire qu’il y a une sorte de sélection à la tête du client de la part des médias français.
‘’Je crois qu’à aucun moment la presse française n’a voulu salir le pouvoir au Sénégal parce qu’il n’y avait pas de raisons de le faire. Même si la presse française par ailleurs s’est montrée conciliante, parfois un peu trop conciliante comme lorsqu’il fallait commenter les démêlés de Platini à la Fifa et  à la justice. Il y a une sorte d’attentisme général qui veut aujourd’hui que Platini comme Zidane soient des personnes nécessairement à protéger’’, a expliqué l’hôte du Cesti.
Le monde du sport éclaboussé par des scandales à répétiton, les étudiants en ont profité pour poser le débat concernant la transparence dans  ce domaine fermé. Selon l’ancien agent de joueurs, il y a un manque de transparence dans le milieu du sport. Explications : ‘’La Fifa et les grandes instances du sport pensent qu’ils sont au-dessus de tout contrôle judiciaire jusqu’à ce qu’éclatent les scandales. Je pense que maintenant ces affaires de la Fifa et l’IAAF seront des leçons pour ceux qui viendront.’’
Journaliste et enseignant en journalisme en France, Pape Diouf est aussi revenu sur ce métier assez particulier. Il a exprimé son regard sur la presse sénégalaise et la pratique du journalisme dans notre pays. ‘’Le journalisme au Sénégal, je pense que c’est un métier très compliqué. Il y a certes de bons journaux et de bons journalistes, très bien formés. Après il y a effectivement un contexte qui ne favorise pas l’éclosion et ne permet pas aux journalistes de livrer véritablement leurs talents’’, a-t-il dit. Avant d’ajouter : ‘’Lorsque j’étais journaliste à ‘’La Marseillaise’’ ensuite au quotidien ‘’Le Sport’’ et que je devais suivre l’équipe de France à l’extérieur, c’est mon journal qui payait mon billet d’avion, de taxi et d’hôtel. La Rédaction prenait en charge  toutes les dépenses pour que je puisse effectuer mon travail. J’avais donc la liberté totale et absolue d’écrire ce que je pense.
Lorsqu’en Afrique pas seulement au Sénégal, le journaliste dans son désir de faire son métier doit se rendre à l’étranger et que son journal n’a pas les moyens. Et qu’il doit être transporté par un ministère qui lui paye son billet et son hôtel, il est déjà moins libre que moi je l’étais. C’est déjà compliqué pour les journalistes. Ce manque économique empêche les gens d’aller jusqu’au bout de ce qu’ils veulent faire. Il faut du courage pour faire du journalisme ici. Il faut essayer de sortir de ce double piège des forces occultes et des pouvoirs politiques. N’oublions pas que quand un ministre vous transporte et vous nourrit, il n’attend pas à ce que vous écrivez un papier qui le flingue. On a aussi tendance à subir l’influence des personnes qui peuvent faire des choses pour nous. Et là je peux comprendre que quand on est dans certains journaux et qu’on reste pendant des mois sans être payé, on risque d’être très vulnérable et céder à la première tentation’’, a expliqué Pape Diouf à ses futurs confrères.
 En présence du directeur du Cesti Ibrahima Sarr et de Mamadou Koumé formateur à la même école, il pense aussi qu’il y a un travail à faire sur les maquettes qui peuvent aider à avoir un bon journal plus clair et plus lisible. ‘’Le véritable métier que j’ai pratiqué jusqu’ici, c’est le journalisme. Je suis journaliste et je le reste ‘’, a conclu l’ancien président de l’OM sous les applaudissements des étudiants du Cesti.
                                                                                                             ABDOURAHIM BARRY